La valse des remakes en tout genre continue avec la cuvée du mois à savoir « Amityville 2005 ». Disons le tout net, rien de bien transcendant à l’horizon. Le film, vite torché, mal filmé, mal interprété, ne présente aucun intérêt. Pour les fans de maisons hantées et d’ectoplasmes terrifiants, revoyez plutôt « La Maison de l’Horreur » (réalisé par William Malone), dernier bon film (et remake aussi) sur ce thème-là. Pour les autres, une séance de rattrapage de l’original de Stuart Rosenberg s’impose.
Revenons pour commencer sur la légende d’Amityville, une petite ville de l’état de New York. Si le premier film avait marqué les esprits, c’est d’abord grâce à sa mention « inspiré de faits réels ». En fait, le film original « The Amityville Horror » (réalisé par Stuart Rosenberg en 1978) est inspiré d’un livre qui retrace l’installation de la famille Lutz dans une grande battisse de la ville d’Amityville. Après moult manifestations étranges et un léger pétage de plomb du paternel qui entendait des voix, la famille Lutz avait fuit la maison sans jamais oser y remettre les pieds. Un an auparavant un terrible drame s’était déroulé dans la demeure. Un jeune homme y avait assassiné toute sa famille, des voix lui ayant dictées ce geste. Cet épisode fut brillamment retranscrit dans un second film (« Amityville 2 : The Possession » réalisé par Damiano Damiani en 1982), une histoire mélangeant maison hanté et possession, un excellent film de trouille. Suivront une foultitude de suites « direct to video » sans intérêt. Cette version 2005 a choisit de s’inspirer du premier film et donc du devenir de la famille Lutz.
Encore une fois, le cinéma d’horreur américain semble en panne d’inspiration. Et donc il remake à tour de bras. Du film étranger (comme le récent carton « The Grudge ») ou du film classique (« Massacre à la Tronçonneuse » l’an dernier). Pour des résultats globalement décevants hormis le sympathique « L’Armée des Morts » (remake du « Zombie » de Romero). Ici le jeune clippeur Andrew Douglas ne fait pas merveille et signe un film anecdotique. Il s’entoure d’un casting très TV (Melissa George, la méchante d’Alias et Ryan Reynolds du soap Fifteen et du tout pourri « Blade Trinity »). En reprenant les bases classiques de l’histoire et le fameux « inspiré de faits réels » (Qui y croit encore ?), Douglas pense certainement faire des étincelles et pourtant le résultat ressemble à un pétard mouillé. Surprenant venant d’un scénariste comme Scott Kosar qui nous avait offert un brillant « The Machinist ». Avec lui un film sur deux semble être réussi. Le décevant remake l’année dernière de « Massacre à la Tronçonneuse, c’était lui. Vivement son prochain scénario donc !
La mélodie envoûtante de l’original (composée par le génial Lalo Schiffrin) laisse place à un score anecdotique composé par Steve Jablonsky. Quand à la mise en scène de Douglas, elle semble partagée entre une véritable envie d’innovations et une redite parfois très lourde. Ainsi il choisit de faire apparaître des spectres, un truc très à la mode. Alors que l’original se contentait de tout suggérer donnant au film un cachet tout à fait particulier. Là où l’original jouait sur le terrain de la terreur psychologique (son réalisateur n’étant pas habitué au genre, ceci expliquait peut-être cela), Andrew Douglas choisit la bonne vieille trouille. Enchaînement rapide d’images (clip, clip !), trop plein d’explications notamment concernant l’histoire des indiens, meurtre du chien et surtout beaucoup d’emphase par rapport à l’original et au livre. Alors que le Georges Lutz du film original reprenait finalement ses esprits, ici c’est sa femme qui est obligé de le tirer et de l’emmener de force en bateau ! (Beaucoup mieux certainement que le van d’origine).
La descente aux enfers de Georges Lutz est décuplée par des effets un peu faciles qui font tomber à plat certaines « reprises ». Ainsi la célèbre scène des mouches, grand moment de terreur de l’original, ne provoque ici aucune réaction chez le spectateur nullement préparé à un effet de la sorte noyé au milieu d’ectoplasmes finalement plus terrifiants. Ce remake se contente de relifter l’histoire sans jamais y apporter une once d’originalité. Le côté famille recomposé, absent aussi de l’original, ne fait que singer une thématique récupérée aux films d’horreur asiatique (« Ring » et ses suites et remakes, « Dark Water »…). Cet aspect est clairement sous-exploité et il n’apporte rien de plus au film. Les effets modernes finissant de détruire un métrage qui aurait mieux fait de jouer entièrement sur le mode démonstratif comme son illustre aîné. Il va bien falloir qu’à un moment les exécutifs hollywoodiens comprennent que les effets spéciaux ne font pas le film surtout dans le domaine de l’horreur.
Ainsi on aboutit à un métrage bancal dont le script limite grandement la portée dramaturgique. La terreur de l’original laisse place à un poli bâillement de la part d’un spectateur déjà bien gavé de spectres en tout genre. L’original valait donc mieux que cet insignifiant remake. Allez on va faire comme si on avait rien vu… (Mais pitié ne nous faites pas un remake du numéro 2 !).