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l'affiche du film

l'histoire du film

Le soir du réveillon. Un parrain de la mafia, Marion Bishop et quelques autres détenus sont temporairement incarcérés au Central 13, un poste de police sur le point d’être fermé. Le bâtiment est gardé par Jake Roenick et quelques collègues jusqu’à ce qu’un groupe d’inconnus attaquent le Central 13…

 

 


L’exercice avait tout du projet casse-gueule, le frenchy Jean-François Richet aux commandes d’un remake (argh !) du film culte « Assault On Precinct 13 » (re-argh !) de Big John Carpenter. Et pourtant non seulement le résultat est divertissant mais en plus le film s’avère assez jouissif. Action !

Il vaut mieux oublier de facto le chef-d’œuvre de John Carpenter car il paraît évident qu’au jeu de la comparaison, la version Richet ne pèse pas lourd dans la balance. Le film de Richet est « juste » un B bien torché et rentre-dedans. Mais finalement, cela suffit amplement à notre bonheur. Certes l’exposition est un peu longue mais Richet choisit de se démarquer radicalement du film de Carpenter en expliquant tout de ses personnages. Stéréotypés à outrance, il n’en demeure pas moins très charismatiques même s’ils ne changent pas vraiment de registre. Voir à ce propos la prestation « bad guy », sale gueule et tout ce qui va avec de Laurence Fishburne. Pourtant on y crois assez pour se sentir impliqué dans la trame du film. D’ailleurs Richet lui-même le dit, il voulait absolument se démarquer du film original, quitte à faire une simple série B. (voir à ce propos l’interview du réalisateur).

Entre le vrai/faux remake (« Nid de Guêpes » de Florent-Émilio Siri) et le film de Richet la comparaison est bien évidemment aussi de mise. Et finalement les deux ont leur carte à jouer vu qu’ils n’ont pas grand chose en commun formellement parlant. Les fans de Carpenter vont quant à eux peut-être crier au lynchage, en tout cas sur ce point-là Richet n’use pas de langue de bois. Son film, il le voit plus comme une nouvelle relecture du thème de l’enfermement avec en toile de fond le « Rio Bravo » d’Howard Hawks que comme un nouveau « Assault ». D’ailleurs Carpenter lui-même a dit après avoir vu le film : « Différents films, différentes époques, même esprit ». À défaut d’avoir saisi exactement ce que voulait dire Carpenter, on peut au moins reconnaître qu’il ne renie en rien cette nouvelle vision de son chef-d’œuvre.

Richet n’a pas voulu réexploiter le côté fantasmagorique de l’ennemi invisible, préférant selon ses dires ancrer le film dans la réalité. En fait le résultat est plus proche du B nerveux que du A classieux, Jean-François Richet n’ayant jamais voulu crever le plafond mais simplement utiliser à bon escient un budget assez limité pour ce genre de production, soit 20 millions de dollars investis dans le film et déjà rentabilisés grâce à la sortie US. La première scène du film est à ce titre jouissive. Caméra à l’épaule, dialogues savoureux et sang qui gicle. De plus le film a été interdit aux moins de 17 ans aux USA à cause notamment de quelques plans saignants plutôt rares dans la catégorie « films d’action américains grands publics » qui pullulent sur les écrans.

C’est tout le dilemme de ce film. D’un côté on est face à un métrage « classique », car codé, stéréotypé, écrit « à la manière de ». Mais en même temps on ressent fortement le patte Richet derrière la plume plus classique de James DeMonaco, le scénariste du film (par ailleurs scénariste de « The Negociator de F. Gary Gray). C’est à dire qu’à chaque fois que l’on a accordé à Richet quelques libertés, il les a saisi pour essayer d’aller un peu plus loin que la norme. En résulte des plans originaux, des running-gags plutôt marrants dans l’ensemble et une violence exacerbée. En choisissant que les assaillants du « Central 13 » soient des flics véreux, Richet permet à son film de s’élever au-delà des conventions.

Notons encore dans les poins positifs l’univers assez plaisant de western urbain dans lequel baigne le film. L’histoire est censée se passer à Détroit même si le film a en fait été tourné à Toronto où les coûts sont bien entendus moindres. L’aspect délabré, désargenté insuffle une thématique supplémentaire au film. Malheureusement cet aspect demeure avant tout visuel et on peut regretter qu’il ne soit pas davantage utilisé. Il en est de même pour le personnage de Jake Roenick interprété par Ethan Hawke. Son côté dépressif, alcoolique et limite drogué est plus un prétexte à quelques running-gags qu’à une vraie profondeur d’analyse voire même à un constat d’un délitement des valeurs.

En fait « Assaut sur le Central 13 » porte tous les stygmates du film « compromis ». Un compromis entre les producteurs qui ont l’argent, « Focus Features » en l’occurrence et Jean-François Richet. Eux imposent quelques règles, codes et « déontologie » du film de genre à l’américaine. Et Richet de son côté fait le maximum pour essayer de fuir les conventions en proposant ça et là dans son film quelques lueurs de vraie violence. Mais malheureusement il n’a pu aller au bout de ses visions et de ce qu’il aurait vraiment voulu. Il dit lui-même s’être « effacé derrière le sujet ». En résulte un film un peu bancal (par exemple la fin vraiment trop gentille), mais malgré tout plaisant et plutôt divertissant même si la patte de l’«entertainment » est trop appuyée par rapport notamment à ce qu’il a pu réaliser auparavant. Espérons que son prochain métrage en terres américaines soient un peu moins banal. En tout cas il a en projet pour l’instant de faire un petit film en France. Histoire peut-être de retrouver la force que pouvaient avoir ses premiers films comme « Ma 6T va Crack-er ».