Lexercice avait tout du projet casse-gueule,
le frenchy Jean-François Richet aux commandes dun
remake (argh !) du film culte « Assault On
Precinct 13 » (re-argh !) de Big John Carpenter.
Et pourtant non seulement le résultat est divertissant
mais en plus le film savère assez jouissif. Action !
Il vaut mieux oublier de facto le chef-duvre
de John Carpenter car il paraît évident quau
jeu de la comparaison, la version Richet ne pèse pas
lourd dans la balance. Le film de Richet est « juste »
un B bien torché et rentre-dedans. Mais finalement,
cela suffit amplement à notre bonheur. Certes lexposition
est un peu longue mais Richet choisit de se démarquer
radicalement du film de Carpenter en expliquant tout de ses
personnages. Stéréotypés à outrance,
il nen demeure pas moins très charismatiques
même sils ne changent pas vraiment de registre.
Voir à ce propos la prestation « bad guy »,
sale gueule et tout ce qui va avec de Laurence Fishburne.
Pourtant on y crois assez pour se sentir impliqué dans
la trame du film. Dailleurs Richet lui-même le
dit, il voulait absolument se démarquer du film original,
quitte à faire une simple série B. (voir à
ce propos linterview du
réalisateur).
Entre le vrai/faux remake (« Nid
de Guêpes » de Florent-Émilio Siri)
et le film de Richet la comparaison est bien évidemment
aussi de mise. Et finalement les deux ont leur carte à
jouer vu quils nont pas grand chose en commun
formellement parlant. Les fans de Carpenter vont quant à
eux peut-être crier au lynchage, en tout cas sur ce
point-là Richet nuse pas de langue de bois. Son
film, il le voit plus comme une nouvelle relecture du thème
de lenfermement avec en toile de fond le « Rio
Bravo » dHoward Hawks que comme un nouveau
« Assault ». Dailleurs Carpenter
lui-même a dit après avoir vu le film :
« Différents films, différentes époques,
même esprit ». À défaut davoir
saisi exactement ce que voulait dire Carpenter, on peut au
moins reconnaître quil ne renie en rien cette
nouvelle vision de son chef-duvre.
Richet na pas voulu réexploiter
le côté fantasmagorique de lennemi invisible,
préférant selon ses dires ancrer le film dans
la réalité. En fait le résultat est plus
proche du B nerveux que du A classieux, Jean-François
Richet nayant jamais voulu crever le plafond mais simplement
utiliser à bon escient un budget assez limité
pour ce genre de production, soit 20 millions de dollars investis
dans le film et déjà rentabilisés grâce
à la sortie US. La première scène du
film est à ce titre jouissive. Caméra à
lépaule, dialogues savoureux et sang qui gicle.
De plus le film a été interdit aux moins de
17 ans aux USA à cause notamment de quelques plans
saignants plutôt rares dans la catégorie « films
daction américains grands publics »
qui pullulent sur les écrans.
Cest tout le dilemme de ce film. Dun
côté on est face à un métrage « classique »,
car codé, stéréotypé, écrit
« à la manière de ». Mais
en même temps on ressent fortement le patte Richet
derrière la plume plus classique de James DeMonaco,
le scénariste du film (par ailleurs scénariste
de « The Negociator de F. Gary Gray). Cest
à dire quà chaque fois que lon a
accordé à Richet quelques libertés,
il les a saisi pour essayer daller un peu plus loin
que la norme. En résulte des plans originaux, des running-gags
plutôt marrants dans lensemble et une violence
exacerbée. En choisissant que les assaillants du « Central
13 » soient des flics véreux, Richet permet
à son film de sélever au-delà des
conventions.
Notons encore dans les poins positifs lunivers
assez plaisant de western urbain dans lequel baigne le film.
Lhistoire est censée se passer à Détroit
même si le film a en fait été tourné
à Toronto où les coûts sont bien entendus
moindres. Laspect délabré, désargenté
insuffle une thématique supplémentaire au film.
Malheureusement cet aspect demeure avant tout visuel et on
peut regretter quil ne soit pas davantage utilisé.
Il en est de même pour le personnage de Jake Roenick
interprété par Ethan Hawke. Son côté
dépressif, alcoolique et limite drogué est plus
un prétexte à quelques running-gags quà
une vraie profondeur danalyse voire même à
un constat dun délitement des valeurs.
En fait « Assaut sur le Central
13 » porte tous les stygmates du film « compromis ».
Un compromis entre les producteurs qui ont largent,
« Focus Features » en loccurrence
et Jean-François Richet. Eux imposent quelques règles,
codes et « déontologie » du film
de genre à laméricaine. Et Richet de son
côté fait le maximum pour essayer de fuir les
conventions en proposant ça et là dans son film
quelques lueurs de vraie violence. Mais malheureusement il
na pu aller au bout de ses visions et de ce quil
aurait vraiment voulu. Il dit lui-même sêtre
« effacé derrière le sujet ».
En résulte un film un peu bancal (par exemple la fin
vraiment trop gentille), mais malgré tout plaisant
et plutôt divertissant même si la patte de l«entertainment »
est trop appuyée par rapport notamment à ce
quil a pu réaliser auparavant. Espérons
que son prochain métrage en terres américaines soient
un peu moins banal. En tout cas il a en projet pour linstant
de faire un petit film en France. Histoire peut-être
de retrouver la force que pouvaient avoir ses premiers films
comme « Ma 6T va Crack-er ».