Maintenant que l'histoire est résumée
(hum hum, ce ne fut pas facile
), comment vous présenter
cette série Z sortie de nulle part, qui a visiblement
obtenu un naïf feu vert de ses producteurs pour n'en
faire qu'à sa tête ?
Après un début surréaliste
accompagné d'une voix-off qui n'est pas sans rappeler
celle de Godard (autre auteur du cinéma), on entre
donc de plain-pied dans le cur du sujet : l'invasion
par des pieuvres volantes et suceuses de visages humains d'une
pampa mexicaine fièrement située dans la province
française.
Vous l'aurez donc compris : il ne faut pas
chercher en "Atomik Circus", adaptation d'une BD
française, autre chose qu'un délire pur et dur.
Un délire tel qu'on en a rarement vu dans le cinéma
français, qui mélange sans vergogne tous les
genres cinématographiques de la comédie musicale
au film gore pur et dur en passant par le western crade. Dans
ce registre, les réalisateurs n'ont ainsi pas cherché
midi à quatorze heures en présentant quelques
séquences aussi hilarantes qu'absurdes tel que ce chien
martyrisé pour hurler à la mort et devenir ainsi
un choriste hors paire, ou encore ce vol plané en moto
du héros qui nous emmène vers une planète
inconnue
Mais cette liberté d'agir, présente
de la première à la dernière minute,
suffit-elle à faire d'"Atomik Circus" un
bon film ? Le problème qui se pose est sans doute davantage
de savoir si le cinéma de série Z, dans lequel
se situe clairement cet OVNI, est un cinéma nullissime
ou génial, où les deux comme le mettent parfois
en avant les fans. La frontière est parfois tellement
ténue (comme par exemple ici) que l'on finit par se
poser des questions. Et avouons-le, cette approche du cinéma
décomplexée laisse parfois plus que dubitative,
à l'image de cette réalisation "sidérale"
si peu convaincante.
Une fois exécutés les numéros
bien rôdés de Poelvoorde, la sensualité
de Vanessa Paradis passée, les extra-terrestres gluants
atomisés, et les quelques situations amusantes savourées,
il reste donc un film un peu trop décousu
C'est
même un euphémisme de dire que la structure du
film, l'interprétation des personnages secondaires
et certains dialogues manquent de travail
Ce qui nous
rappelle bien que la liberté donnée à
l'auteur est, dans certains contextes, trop vite accompagnée
d'une absence de rigueur.
Rappelons aussi que, malgré les apparences,
"Atomik Circus" est loin d'être un film fauché
puisque 16 millions d'euros ont été mis sur
la table par TF1 (qui semble avoir pris conscience un peu
tard de ce qu'il considère être aujourd'hui une
erreur d'investissement).
Malgré cela, le premier film des frères
Poiraud reste appréciable pour son ton imbécile
et libre et sa volonté de développer un cinéma
français bis qui n'existe presque pas aujourd'hui.
En ce sens, les scènes d'introduction et de conclusion
annoncent bien la couleur : ne vous étonnez de rien,
laissez-vous porter et puis appréciez comme vous voudrez
! Le pari est donc à peu près réussi
: un peu d'insolence, ça ne fait pas de mal dans ce
monde de brut !