"Avalon" mélange dangereusement
les genres : se faisant d'abord passer pour un film de science-fiction,
il apparaît finalement comme un drame philosophique
qui joue à cache-cache avec le bon-sens du spectateur.
Au point que l'ensemble des repères mis à la
disposition de celui-ci au début du film s'efface peu
à peu pour laisser place à un environnement
complexe et sans logique apparente, dans lequel des éléments
s'empilent invariablement, créant un environnement
à l'esthétique à la fois monotone et
étonnante.
Le rythme particulièrement lent d'"Avalon"
déstabilisera plus d'un spectateur avide de sensations
fortes. Le personnage mène l'enquête dans un
univers a priori réel, profondément triste et
mécanique, afin de découvrir un niveau du jeu
caché qui s'avère être éclatant
de réalité. "Avalon" va donc plus
loin qu'"Existenz" en inversant fiction et réalité.
Malheureusement, Oshii ne propose qu'une analyse
profondément brouillée du sens de la réalité,
préférant insister sur l'état léthargique
d'une héroïne sans âme, à la recherche
de choses meilleures. Naviguant entre la réflexion
platonique et l'esthétique bancale, le film se vide
de tout contenu logique au fil des scènes en évoquant
des légendes non fondées et en forçant
des vues de l'esprit insensées (certains en font encore
les frais à l'heure qu'il est). Cela finit par être
usant...
Mais si finalement, c'était ça
un jeu vidéo : un endroit ou seul le protagoniste y
comprend quelque chose et ou les autres sont perdus... Un
endroit où l'ultime niveau, d'une beauté esthétique
éclatante, n'apporterait rien de plus qu'une satisfaction
purement formelle pour celui qui l'atteint, la satisfaction,
bien réelle cette fois, d'être le meilleur...
Dans ce cas le réalisateur a visé juste, mais
que de détours et de sacrifices formels pour arriver
à une telle vérité.