On s'était habitué à
voir les Coen arpenter le genre de la comédie. Avec
'The Big Lebowski' et 'O Brother' (pour ne citer que les plus
récentes productions), les deux frères avaient
pour beaucoup l'image de faiseur de comédie originale
et enlevée. C'est avec donc une petite surprise qu'on
retrouve ce 'Barber', traduction débilissime (n'ayons
pas peur des mots) du 'Man who wasn't there'.
Cet homme qui n'était pas là, symbole du modèle
pré-50's, de l'ancienne école, est entièrement
incarné par un Billy Bob Thornton troublant. Ce personnage
d'extérieur très opaque laisse finalement passer
énormément d'émotions. Il va nous guider
tout le long de ce (long ?) film, dans une histoire plus qu'ordinaire.
Pourtant le film est exceptionnel. Comme à leur habitude,
les Coen racontent à travers cette histoire, toute
une histoire. Celle d'une période symbolisée
par cet homme invisible qui rate les différentes opportunités
qui s'offrent à lui. Grâce à beaucoup
de seconds rôles de bonne qualité et surtout
une image sublime (le noir et blanc y fait beaucoup, mais
le talent est là), le récit d'une histoire sordide
et inintéressante est magnifiée pour devenir
un récit intéressant bien qu'un peu long, mais
toutefois intelligente. Le rendu global est vraiment superbe
et les scènes s'enchaînent limpidement, enchaînant
les dialogues pensés et les astuces visuelles.
Les Coen s'en remettent encore une fois à
leur casting pour accomplir une bonne partie du travail. On
le répète, Billy Bob Thornton est impressionnant
en incarnant ce fumeur de cigarette finalement trop banal
pour exister. Autour de lui, tous sont excellents : Frances
McDormand, James Gandolfini (Tony des Sopranos), Jon Polliter,
etc... Le travail est impressionnant et tous semblent issus
de cette année 1949, encore en noir et blanc.
Nominé pour la Palme d'Or et gagnant
du prix du meilleur réalisateur à Cannes, 'The
Man who wasn't There' (ou The Barber) est assurément
un film à découvrir et à apprécier.
Lent mais sublime, les Coen ont remonté la pente depuis
O Brother (qui m'avait déçu) pour nous proposer
un beau et bon film.