La violence n'est pas un élément
absolument négatif à partir du moment où
elle est utilisée à profit : par exemple pour
faire passer un message où même pour se défouler
après une dure journée. Le problème,
c'est que "Battle Royale" ne permet ni l'un ni l'autre
: le film n'est qu'un étalage de bestialité
pure, néfaste et linéaire qui, naviguant entre
deux eaux, ne permet ni défoulement, ni réflexion.
Pire, le message renvoyé traduit (et ne condamne pas
!) un état d'esprit japonais qu'on imaginait en voie
de disparition.
La situation de départ est excessivement
violente : des adolescents innocents choisis au hasard "parce
que la société va mal" sont isolés
et condamnés à s'entretuer pour survivre. Avec
un tel postulat, le réalisateur jouait déjà
sur la corde raide : une telle agression visuelle ne peut
pas être gratuite et doit sous-entendre un message fort
(on pense à Haneke). Où alors le film est simplement
voué à amuser le côté sadique du
spectateur et là c'est carrément dramatique,
autant légaliser directement le Snuff movie.
Or ici, plutôt que d'entamer une réflexion
à peu près intelligente, le réalisateur
préfère se vautrer dans une histoire bancale
qui fait à la fois dans la complaisance et la moralité
vaseuse. Pire, on est amené à se demander si
le réalisateur n'est pas en train d'étaler une
idéologie néfaste qui prône la violence
comme seule solution à la survie dans un monde où
les règles sont tronquées d'avance. Ca rejoint
la culture japonaise dans ce qu'elle a de plus néfaste
mais ça ne semble pas la condamner un seul instant
! Si le réalisateur se contente de faire au travers
de "Battle Royale" une critique du jeu TV "Survivors"
alors c'est réussi. Mais s'il s'agit d'un film destiné
à faire se remuer la jeunesse japonaise (comme le réalisateur
lui-même l'a dit), on est proche de l'idéologie
barbare d'une certaine époque
Le fond est nauséabond mais la forme
n'est pas meilleure. Le scénario répétitif
plonge le spectateur dans une suite de séquences violentes
et sans vie où les adolescents étalent leurs
idylles respectives. On ne sait plus ce que l'on regarde :
un film d'action romantique, un drame trash, une comédie
farfelue ? Toujours est-il que le mélange des genres
fait perdre énormément en efficacité
alors que les effets de mise en scènes effraient par
leur lourdeur : décompte des morts, sous-titres isolés
moralisateurs, musiques de chambre façon Kubrick (n'osons
même pas la comparaison avec "Orange Mécanique").
La pâleur de tels procédés aura au moins
le mérite de faire ressortir la complaisance inhérente
aux images.
N'étant pas particulièrement
réfractaire à la violence dans les films, je
m'attendais à voir avec "Battle Royale" un
film intelligent et mesuré. Il n'en est rien : l'uvre
est une médiocre provocation aux objectifs malsains
et aux propos subversifs à mille lieux d'être
jubilatoire. Un film inutile qui se contente de faire dans
la mauvaise surenchère.