Tim Burton a bâti sa réputation
sur son incroyable capacité à recréer
des univers mythiques. Ce film reprend donc un thème
qui lui est cher puisqu'il présente un homme qui trouve
son épanouissement dans les histoires fantastiques
qu'il raconte à son entourage.
Dès les premières séquences,
"Big Fish" s'annonce sans détour comme un
film à histoires, à tiroirs diront peut-être
les plus récalcitrants. Tim Burton enfile les séquences
féeriques comme on enfile des perles, avec cette étrange
assurance que cela marche. Avec un brin de naïveté,
c'est la tête la première que l'on plonge dans
ces univers colorés, enfantins, qui nous permettent
de nous évader de la grisaille du monde réel.
La vieille sorcière, la forêt hantée qui
donne accès au paradis perdu, ou encore le géant
qui terrorise la ville sont autant d'idées simples
mais magistralement mises en scène qui donnent une
bonne partie de sa force au film.
Mais malgré ses qualités, "Big
Fish" ne possède pas la maîtrise d'un "Sleepy
Hollow". Pris dans son intégralité, le
scénario qui présente la vie du héros
à la façon de "Forrest Gump" s'avère
trop linéaire. Il mise sur l'originalité des
situations et le soin apporté aux ambiances au détriment
d'une véritable progression dans la vie d'un héros
à qui tout semble sourire. De la même façon,
le retour à la réalité fait trop souvent
tomber le spectateur de haut. Dans cette réalité
très sociale, il ne se passe rien, aucun fait intéressant
On n'y trouve qu'un père malade qui divague et qu'un
fils dubitatif. C'est trop léger en comparaison de
l'"autre" univers qui nous réserve tant de
surprises.
C'est dans sa dernière partie, après
un moment de flottement durant lequel le réalisateur
commence à avoir fait le tour de ses personnages, que
le film reprend du poil de la bête. Tim Burton y expose
sa réflexion sur le pouvoir du mythe pour affronter
la réalité, tout en utilisant à bon escient
ses mécanismes. Dans cette logique, la métaphore
du "gros poisson" est superbe et très efficace.
L'émotion prend alors enfin le pas sur la féerie
et le pont entre réalité et conte est magistralement
établi.
On ne nous aura pas menti, le "vrai"
Tim Burton est donc de retour avec "Big Fish". Le
film a été taillé à sa mesure
et on y plonge avec un réel plaisir malgré quelques
paresses formelles que l'on pardonne facilement. Cela reste
du grand cinéma d'évasion qui nous est ici proposé.