A - La Naissance du film
| La genèse
d'Artificial Intelligence remonte à plus d'une dizaine
d'années et est intimement liée au réalisateur
Stanley Kubrick. En 1994, il annonce officiellement que sa
prochaine réalisation sera un film au nom codé
: " A.I. ". Faisant suite à " Full Metal
Jacket ", le scénario du film reste un mystère
pour tout le monde
On apprend juste que le film sera
basé sur une nouvelle de Brian Aldiss intitulée
" Supertoys last all summer long ". Dans cette nouvelle,
qui correspond en fait à la première partie
du film, on y découvre David, sa mère Monica
(dans la nouvelle, elle est enceinte, dans le film, elle a
déjà un fils), son père Henry et l'Ours
Teddy. |
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Parmi les thèmes récurrents de son
uvre, la fin de l'espèce humaine et les manipulations
génétiques. Avant de se lancer dans la production
de " A.I. ", Kubrick décide de tourner le film
intimiste " Eyes Wide Shut ", qui sera d'ailleurs sa
dernière uvre. Le décès de Kubrick
en mars 1999 semble condamner le projet " A.I. ".
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Pourtant, Spielberg fait part
de son intention de reprendre l'uvre inachevée
de Kubrick. Cela n'est pas une réelle surprise lorsque
l'on sait que les deux amis avaient travaillé ensemble
sur le projet et que Kubrick estimait Spielberg comme le seul
capable de mener à bien le film si lui-même n'en
avait la possibilité. Lors de son annonce en 1994,
Kubrick avait d'ailleurs expliqué que ce n'est qu'en
voyant " Jurassic Park " que le projet avait ressurgi
dans son esprit. |
Avec les développements prodigieux des
effets spéciaux et les avancées dans l'animation
par ordinateur, Kubrick avait le sentiment que les images qu'il
avait dans son esprit pouvaient désormais être fidèlement
restituées à l'écran.
B - Le marketing et les réferences
| Le film n'a coûté
" que " 100 millions de $. Avec le parti pris de
se laisser désirer. L'affiche est minimaliste, avec
deux initiales et le profil de l'enfant. Le nom de Kubrick
n'apparaît pas vraiment. Et celui de Spielberg est écrit
en petit. Pas de stars. La vedette, c'est l'uvre en
elle-même. Autour de ce film, tout n'est que mystère
et le studio a joué la dernière minute. La projection
destinée à la presse n'a eu lieu que 15 jours
avant la sotie du film, quelques photos peu explicites
et une série de sites webs formant un réseau
et un jeu. A la manière du "Projet Blair Witch",
les sites représentaient les personnages du film et
agissaient comme des teasers. |
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Quant au site officiel, il mettra du temps à
venir. Tandis que les fans abreuvent leurs pages d'informations
souvent basées sur des rumeurs, Warner sort un site complet
traitant de
l'intelligence artificielle. Les bandes-annonces
circulent, chaque fois plus détaillées. Le tout
est censé créer un phénomène de curiosité.
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Les références sont nombreuses
dans le film, en voici quelques-unes :
- Blade Runner avec Rouge City,
- L'Armée des 12 singes avec le " nouveau "
Manhattan,
- Star Trek, The Next Generation avec l'apprentissage par
les robots.
Evidemment, il y a énormément
de références à Kubrick, principalement
à " Orange Mécanique " (le bar à
lait) et surtout " 2001, L'Odyssée de l'espace
". Spielberg fait dans l'auto-référence
avec " Rencontre du troisième type " et
" E.T. ".
On notera aussi des repères dans
d'autres arts : Pinocchio, qui est d'ailleurs le fil directeur
du film, est carrément cité, Giacometti (peintre
et sculpteur interprétant notamment des formes humaines
très stylisées) et les thèmes récurrents
liés à la cyberculture. Pour finir, on note
le clin d'il à Einstein en " Docteur je
sais tout ".
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C - Artificial Intelligence
USA / 2001
Sortie US le 29 juin 2001 / Sortie France le 24 octobre 2001
Fiche technique :
Production : Warner - Dreamworks - Amblin - Stanley Kubrick
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Steven Spielberg d'après la nouvelle
de Brian Aldiss
Durée : 145 mn
Casting : Haley Joel Osment (David), Jude Law (Joe), William Hurt
(Pr Hobby), Frances O'Connor (Monica) et Jack Angel (Voix off)

Au milieu du XXIème siècle, l'effet
de serre a conduit à la fonte des calottes glaciaires.
Les villes littorales sont englouties, la planète a muté
et les hommes sont confinés dans des citées flottantes
surpeuplées. La règle est donc simple : un seul
et unique enfant est autorisé par couple. Henry et Monica
Swinton viennent de perdre leur fils. Atteint d'une maladie incurable,
celui-ci est cryogénisé en attendant la découverte
d'un éventuel remède. On leur propose alors de "
tester " la dernière nouveauté en matière
de méca (robots mécaniques) : David, un enfant créé
artificiellement capable d'aimer et doté d'émotions.
Monica apprend à aimer cet enfant, mais Martin, son vrai
fils, revient à la vie et les deux garçons cherchent
à obtenir le maximum d'affection. Le père lui ne
supporte plus l'enfant-jouet. Il n'y a pas beaucoup de solutions
pour David : la casse ou l'abandon en pleine nature
Monica
scellera son destin en le laissant seul avec l'histoire de Pinocchio
en tête, en pleine forêt, avec Teddy l'ourson.
D - Que penser d'Artificial Intelligence
?
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Artificial Intelligence laisse
une impression étrange, marquante et l'on ne peut pas
dire que le film soit parfait ; on préférera
toujours certaines parties à d'autres. Le film se base
sur un scénario fertile en réflexions ce qui
fait de A.I. une uvre cérébrale. La collaboration
des deux cinéastes, Kubrick et Spielberg, se ressent
fortement mais de manière bien distincte et à
des moments différents du film. |
Kubrick est omniprésent : la noirceur du
sujet, la marginalité et l'animalité de l'Homme
Spielberg nous offre un enfant " différent ",
son personnage principal, en lui donnant un guide spirituel, Joe.
Au final, vous allez voir un véritable conte de fée
retraçant l'histoire de Pinocchio
| A.I. est clairement découpé
en 3 chapitres raconte une histoire qu'on lit comme un conte
de fée. Le film débute d'ailleurs par une sorte
de " il était une fois "
Puis, la voix
off - à la manière d'Amélie Poulain -
raconte ce qu'il s'est passé et décrit la situation
de la planète dans quelques années. |
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Le premier chapitre raconte la vie de David au
sein de sa nouvelle " famille ". Cette enfance permet
de confronter la morale à la science et tente de répondre
à la grande question : " Les aime-t-on en retour ?
". Spielberg nous dresse un portrait familial dans lequel
on se demande qui de la mère ou du garçon-robot
donne le plus la chair de poule. David, programmé pour
aimer et n'aimer qu'elle, devient vite plus accaparant et plus
assoiffé d'amour qu'elle ne peut en fournir. La confusion
des sentiments, des émotions est palpable.
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A partir du moment où
David est abandonné dans la forêt par Monica,
le film bascule véritablement dans le conte de fée
et c'est un nouveau monde que l'on nous fait découvrir.
Il existe d'ailleurs une grande polémique autour de
cette scène de l'abandon, notamment en Suisse où
le film est tombé sous le coup de la censure : A.I.
est interdit aux moins de 15 ans du fait de certaines scènes
jugées traumatisantes.
David doit alors apprendre à se débrouiller
seul dans un monde inconnu et hostile pour les robots. Spielberg
nous présente un monde sauvage et urbain : Rouge City,
la chasse aux robots, la Foire à Chair
le tout
accompagné de musique hard rock. Le sexe et la violence
sont explicites. C'est aussi là que le scénariste
adjoint à David son guide initiatique, un robot Casanova,
interprété par Jude Law, techniquement idéal.
L'esthétique change, se colore plus vivement et le
son devient plus bruyant. Alors que tout semblait bien se
passer, l'enfant et le spectateur versent dans la mélancolie.
Certaines scènes sont d'une beauté insoupçonnable,
mais les effets spéciaux apparaissent anodins, comme
assimilés par le notre regard. |
C'est aussi là que débute la fin,
ou plus exactement le début du troisième chapitre.
David tombe dans l'océan et tout d'un coup
le silence,
la dominance de la couleur bleue apaisante, calme, loin de tout
le bruit de Rouge City nous plonge une nouvelle fois dans un tout
autre univers celui du rêve. Cet épilogue peut sembler
long si on le prend comme une conclusion, alors qu'il n'est en
fait que la partie indispensable pour comprendre le message qui
a intéressé les deux cinéastes. Cette partie
est en quelque sorte la morale de l'histoire. Dans ce chapitre,
c'est l'intelligence et l'esprit qui dominent. Il nous met face
à nos peurs en nous montrant la fatalité, les limites
du vivant et l'impossibilité - semble-t-il - d'atteindre
le bonheur.
Tout le film traite de l'avenir de l'espèce
humaine, du nouvel homme. Le final traite de la transmission,
non pas du savoir, mais de la mémoire et la quête
de David, qui est celle du bonheur, reste évidemment fragile
et montre l'imperfection de l'espèce humaine. Le film interpelle
nos neurones dans tellement de directions, qu'on en sort un peu
ébété. La réalisation est très
soignée et la direction artistique est assurément
l'une des plus remarquable depuis Matrix. La cohérence
du film est parfois difficile et c'est pourquoi il laisse au spectateur
le choix de l'interpréter comme il le souhaite.
L'ours Teddy, sur lequel tout le monde craquera,
permet d'apporter une dérision et une sagesse dans cette
odyssée infinie. Surtout que l'ambiance du film est souvent
inquiétante voire terrifiante : l'enfant ne fait pas de
bruit quand il se déplace, il s'aperçoit qu'il est
clôné en chaîne
Notons également
que le film nous traite en spectateurs intelligents. Finalement,
avec des films comme Blade Runner, Matrix et maintenant A.I.,
on voit se dessiner sous nos yeux un monde dans lequel nous n'aurons
plus notre place
Matthieu