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INTERVIEW
Fabrice Du Welz, profession réalisateur belge
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Pour son premier long-métrage,
Fabrice Du Welz choisit le survival avec en tête
daffiche Laurent Lucas, Jackie Berroyer et Philippe
Nahon. Après quelques difficultés de financement,
son film est en boîte. Il ne laisse personne indifférent
au festival de Cannes 2004 mais il faut attendre le festival
de Gérardmer édition 2005 pour quil
arrive à ses fins : prix de la critique internationale,
prix Première et prix du jury long-métrage
ex-aequo avec « Saw » (réalisé
par James Wan). « Calvaire » est
un film brutal dont la violence na pas toujours
été comprise. Retour avec lui sur ce premier
film choc à ne pas mettre entre toutes les mains
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Navez-vous jamais eu peur daller
trop loin dans la violence ?
Je voulais provoquer. Je suis assez satisfait
du résultat. Je nai pas fait ce film pour rassurer
les gens. Vous savez, jai grandi en regardant beaucoup
de films dhorreur américains ou italiens comme
« Massacre à la tronçonneuse »
ou des films dArgento. Ma démarche, cétait
de transcender le film dhorreur, je ne voulais en aucun
cas mattirer la sympathie du public. En ce qui concerne
les personnages par exemple, jai fait le maximum pour
rendre Marc Stevens, le personnage interprété
par Laurent Lucas, antipathique au possible. Le public doit
éprouver plus de sympathie pour son bourreau interprété
par Jackie (ndr : Berroyer). Je veux provoquer le public
parce que ce type de démarche artistique me paraît
sain. « Calvaire » est un film qui va
laisser une empreinte aux spectateurs qui lauront vu.
Jai essayé de travailler un peu comme une sorte
de peintre impressionniste. Ainsi comme toute uvre,
le spectateur aura besoin de temps pour la digérer.
Jai essayé de gratter là où ça
ferait mal, cest intentionnel. Le film fonctionne sur
le mode absurde, comme une sorte de grosse farce au second
degré. Il ne faut pas chercher plus loin. Comme le
disait Clouzot : « Pour moi le cinéma cest
un spectacle et une agression ».
| « Comme
le disait Clouzot : pour moi le cinéma cest
un spectacle et une agression » |
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Comment cette violence sest traduite
dans votre manière de travailler ?
Jai travaillé dans une logique
du cauchemar. Jai tenté de faire tendre mon film
vers labstraction notamment lors de la scène
finale. Ce nest pas un film de suspense à proprement
parler, il sagit plutôt dune sorte de comédie
macabre qui tire vers le poème, la fable. Cest
filmé dune manière réaliste, mais
je nai jamais voulu faire un film ancré dans
la réalité. Je naimerai pas que le public
passe à côté dune certaine drôlerie
dont le film fait preuve notamment au tout début lors
du concert donné par Marc dans la maison de retraite.
Vous pensiez déjà à
des acteurs au moment de lécriture du scénario ?
En ce qui concerne Jackie, il avait déjà
joué sous ma direction pour un de mes courts-métrages
(ndr : « Quand on est amoureux cest
merveilleux » qui a remporté le prix du
meilleur court-métrage au festival de Gérardmer
édition 2001). Je navais pas imaginé au
départ donner le rôle à Jackie, ainsi
je nai pas du tout pensé à lui en phase
décriture. Mais après, il sest imposé
comme une évidence. Je pense que le public peut facilement
sidentifier au personnage quil interprète.
Paul Bartel est pétri damour, il a besoin dêtre
aimé en retour, il a une certaine élégance,
un côté aérien. Le seul personnage qui
mintéresse vraiment, cest Bartel. En fait,
il faut comprendre que tous les personnages du film peuvent
sidentifier à Paul Bartel. Nahon, cest
Bartel. Les gens du village aussi sont tous des Bartel. Bien
sûr, le nom de Bartel est un hommage au réalisateur
récemment disparu (ndr : il est décédé
en 2000 et avait notamment réalisé « La
course à la mort de lan 2000 » avec
Sylvester Stallone).
Laurent Lucas est un excellent acteur
mais lorsquil pleure, ça sonne faux, étais-ce
intentionnel ?
Cest vrai quon peut avoir limpression
que Laurent Lucas pleure mal. Cest vrai il pleure mal,
mais cest voulu. Il est à la limite du rire.
On a beaucoup travaillé sur ça lui et moi. On
voulait un rendu particulier, à la limite de la folie.
Dailleurs, le personnage interprété par
Laurent Lucas est certainement plus fou que tous les autres.
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« Je
naimerai pas que le public passe à côté
dune certaine drôlerie (
) » |
Certaines scènes sont vraiment
marquantes, comment avez-vous travaillé en particulier
sur la scène du repas ?
Pour la scène du souper à laquelle
vous faites allusion, on navait vraiment pas beaucoup
dargent pour la mettre en boîte autrement. On
navait ni le temps, ni largent de faire quelque
chose dautre. Alors on a attelé la caméra
à une sorte de « dolly » et on
tapait sur la caméra pour la faire tourner. Ce que
je voulais, cétait placer le spectateur au centre
des hostilités, le faire participer physiquement. Pour
la scène du viol par exemple, je voulais la faire autrement
aussi. Avec ce que jai fait, on peut dire que je donne
à voir un peu comme dans une sorte de tableau de Jérôme
Bosch. Je restais toujours dans une logique de quête
damour. Avec mon chef opérateur, Benoît
Debie (ndr : il a été chef opérateur
de Gaspard Noé sur le film « Irréversible »),
on a voulu créer une ambiance qui rappellerait lémission
« Strip-Tease » (ndr : une émission
de télévision belge). En fait, on travaillait
tout le temps en contre-jour, en silhouettage et doucement
au fur et à mesure du film, on a descendu les lumières
vers les infrarouges. Et enfin on a tendu vers une certaine
pureté, quelque chose de très blanc. Mais on
a eu beaucoup de chance avec la météo pour la
neige dans la scène finale.
Navez-vous pas peur que le débat
de la violence au cinéma revienne sur le tapis ?
On reproche beaucoup à mon film sa
violence, mais je pense que le cinéma violent na
pas dinfluence sur la violence des jeunes par exemple.
La violence, ça fait mal. Mon film dérange,
mais ça ne va pas plus loin. De plus, il y a dans « Calvaire »
beaucoup de violence hors champ. Ce qui mintéresse
cest davantage de traiter les causes et les conséquences
sous-jacentes de cette violence. Ce qui nous différencie
de lanimal, je crois que cest lamour. Cela
définit bien mon film je crois. Tous mes personnages
sont en quête damour. Jespère un
jour pouvoir mexprimer, cinématographiquement
parlant, de manière moins ridicule sans me perdre pour
autant.
Propos recueillis par
Jérémy PONTAL
Merci à Fabrice Du Welz et à Jackie Berroyer
Mars 2005
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