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INTERVIEW

Benoît Poelvoorde, Isabelle Carré et Anne Fontaine étaient de passage à Lyon le 9 septembre dernier pour présenter le dernier film de la réalisatrice de « Nettoyage à Sec ». « Entre ses mains » est un thriller intime audacieux dont vous retrouverez la critique sur Kinomax dans quelques jours. Le film raconte l'histoire de Claire Gautier, une trentenaire dont le vie bascule le jour où elle rencontre Laurent, un vétérinaire séducteur. Cette mère de famille sans histoire soupçonne bientôt Laurent d'être le serial killer qui sème la terreur sur Lille. Mais en même temps elle se sent très attirée par Laurent. Une ambiguïté sur laquelle repose tout le film. On a parfois l'impression que Claire s'ennuie dans son quotidien...
Anne Fontaine : La scène de la danse dans la boîte de nuit reflète bien l'évolution de Claire au cours du film. Au début, elle est timide, introvertie, puis elle se lâche. Elle a une vie droite et rangée mais une partie d'elle a été enfouie. Elle voulait être danseuse, elle finit dans les assurances. En rencontrant Laurent, elle ressent une forte attirance pour lui. Elle se tranforme à son contact.
Isabelle Carré : Je ne dirais pas qu'elle s'ennuie. Laurent la tranforme car il porte un autre regard sur elle.
Et elle, quel regard porte-t-elle sur Laurent ?
Anne Fontaine : Je dirais qu'elle éprouve pour Laurent une certaine fascination mêlée de frayeur. Elle a le sentiment d'être quelqu'un d'unique. Il y a une sorte d'énergie qui lui fait face. Elle avait une vie chloroformée.
Isabelle Carré : Claire est ambiguë. Mais je crois qu'on l'est tous un peu. Cette ambiguïté fait partie de la condition humaine. Il y a un juste équilibre entre ce qu'on est et ce qu'on dissimule aux autres. |
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Benoît Poelvoorde fait son entrée. Il s'était perdu dans les rues de Lyon ! Il s'excuse de son retard et prend place entre Anne Fontaine et Isabelle Carré.
Le film, je crois, a été tourné dans l'ordre chronologique, est-ce que ça vous a aidé ?
Benoît Poelvoorde : Oui, bien sûr. Je crois que ça nous a aidé tous les deux. La réalisatrice, Anne, ne voulait pas qu'on se voye avant le début du tournage. Elle voulait que la timidité naturelle entre nous deux soit présente dès le début de l'histoire, lors de la rencontre.
On ne vous attend pas à priori dans un tel rôle...
Benoît Poelvoorde : C'est vrai qu'interpréter Laurent, c'était compliqué. C'était surtout l'histoire d'amour qui m'embarassait. J'étais intimidé. J'avais peur d'être ridicule, que ce ne soit pas crédible. Je me suis mis beaucoup de barrières.
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Anne Fontaine : Ne te rabaisse pas, tu as été parfait !
Isabelle Carré : Et puis même si ce n'est pas une comédie comme il a l'habitude d'en faire, ce n'est pas non plus un drame. C'est un film avec beaucoup d'émotions. On peut rire et alors soudain, sans prévenir, le film redevient plus léger.
Anne Fontaine : Benoît est dramatique mais il sourit aussi. Il utilise beaucoup la drôlerie. Je ne pense qu'il soit à contre-emploi dans le rôle de Laurent. |
À partir de quand Claire a-t-elle des soupçons ?
Anne Fontaine : Lors de la rencontre entre Laurent et Claire, je voulais qu'elle soit très banale. Je ne voulais qu'on se rende trop vite compte que quelque chose clochait. Puis petit à petit, une histoire d'amour s'installe. Ensuite, le doute s'installe progressivement dans la tête de Claire avec tout ce qu'elle entend à la radio et à la TV. Elle nie la vérité tout en la pressentant.
Isabelle Carré : Anne nous a fait travailler séparément. Est-ce qu'elle a des soupçons ? Moi même je ne sais pas vraiment quand mon personnage se rend compte que c'est un tueur. Cette incertitude, c'est tout l'intérêt du film.
Dans quelle mesure avez-vous été fidèle au livre « Les Kangourous » dont le film est une adaptation ?
Anne Fontaine : « Entre ses mains » est librement inspiré de ce roman. Par exemple dans le livre, Laurent n'est pas vétérinaire, Claire est célibataire. L'idée du vétérérinaire est venue comme ça. On m'a dit que les tueurs en série exerçaient souvent une profession para-médicale. À dire vrai, la seule chose que j'ai gardé du livre c'est la compagnie d'assurance où travaille Claire. Je n'ai pas essayé de simplifier les personnages. J'ai essayé de rester laconique.
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Comment définiriez-vous votre personnage Benoît ?
Benoît Poelvoorde : Laurent est confronté à son désir. C'est un enfant asexuée. Il souffre d'être dans une socitété très sexuée. Il ne les tue pas, il les éteint. Je ne crois pas qu'il éprouve de plaisir à tuer. Il boit, il a des pulsions.

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Et travailler avec une réalisatrice, ça change quoi ?
Benoît Poelvoorde : Si je pouvais, je ne ferais des films qu'avec des femmes. La femme a plusieurs facettes. Il y a un rapport séduction qui s'installe entre nous. Quand un homme travaille avec une femme, elle prend à la fois le rôle de la mère, de l'épouse, de la maîtresse, de la soeur.
Isabelle Carré : Une réalisatrice a beaucoup plus de culot. Elle n'a pas peur d'aborder frontalement un sujet aussi difficile. Elle travaille avec beaucoup de finesse. |
Benoît Poelvoorde : Il y a une délicatesse qui va aller beaucoup plus loin qu'avec un homme. En général, les hommes n'arrivent pas à filmer les scènes d'amour par exemple.
Propos recueillis par Jérémy PONTAL
Merci à Benoît Poelvoorde, Isabelle Carré et Anne Fontaine
Merci également à Cécile Dumas Photos : Jérémy PONTAL
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