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Les sentai sont un type de série japonaise destiné au jeune public qui présente un groupe de héros ayant chacun des caractéristiques propres et dont la mission est de se battre contre les forces du mal. L'une des plus célèbres Sentai connu en France est bien évidemment "Bioman" qui fait encore largement parler d'elle aujourd'hui.

Personne n'avait pour l'instant osé proposer une Sentai qui se déroulerait dans notre beau pays. Et bien c'est chose faite avec l'arrivée de "France Five" qui réunis 5 super héros en collant prêts à protéger la Tour Eiffel contre les forces du mal !

A cette occasion, nous avons rencontré deux des concepteurs de la série qui ont accepté de répondre à nos questions : Sébastien Ruchet et Daniel Andreyev. Au delà de l'aspect artistique, l'objectif est de découvrir de quelle façon un projet audiovisuel amateur peut connaître une telle réussite.

 


- Bonjour à tous les deux, pouvez-vous nous expliquer comment est née la série France Five et nous préciser votre rôle dans sa conception ?

Daniel Andreyev (D.A.): Le projet est né il y a 4 ans alors que nous regardions une cassette vidéo d'une série Sentai en présence d'Alex Pilot, qui travaille à "Game One". Celui-ci a semblé intéressé par la réalisation d'une adaptation française ; on a tout simplement dit "Chiche !". J'étais personnellement assez fan de ce type de séries né dans les années 80, je m'amusais à recenser et analyser les nombreux codes et clichés qui en ressortaient. Etant l'un des initiateurs du projet, j'ai été amené à interpréter "Blue" dans la série, le rigolo de la bande. J'ai également participé à l'élaboration des chorégraphies des combats, des story-boards et du design. De toute façon, chacun d'entre nous n'est jamais cantonné à un seul rôle dans la série et il donne un coup de main dès qu'il le peut.

Sébastien Ruchet (S.R.): J'interprète le rôle de "Red" dans la série et possède le titre de producteur exécutif, c'est à dire que je fixe le planning des réunions de préparation et les dates des tournages et assure l'avancement du projet. Au départ, j'étais moins fan des séries Sentai que Daniel mais la réalisation de France Five m'a fait m'y intéresser. Il faut savoir qu'on a été amené à visionner des kilomètres de séries Sentai avant le début du projet, ça m'a notamment permis de découvrir les codes et le côté créatif de ces séries, et de les apprécier à leur juste valeur.

- Il s'agissait de parodier le genre ?

D.A. : Non, il s'agissait bien de faire, de la façon la plus fidèle et la plus réfléchie possible, la première série Sentai française. Notre ambition était notamment de respecter toutes les règles du genre en matière de lieu, de temps, de mise en scène, de personnages et de scénarios. Typiquement dans une série Sentaï, les héros font parfois des sauts périlleux délirants pour changer de lieu. Nous avons tenté de respecter cette règle. Cet angle d'attaque n'empêchait bien sûr pas d'ajouter de l'humour, notamment du fait de l'adaptation "à la française".

S.R. : Le seul détail véritablement parodique est le nom des héros que l'on a choisi très franchouillards (ndlr : "Red Fromage" et "Blue Accordéon", pour les deux personnages interviewés). Il s'agissait en réalité de rendre un petit hommage au travail impressionnant de lycéens japonais qui avaient entrepris une parodie très patriotique des Sentai.

D.A. : Et au contraire de ce que l'on pouvait penser, notre mauvais jeu d'acteur n'avait pas pour objet de parodier les interprètes japonais, mais placer quelqu'un sans expérience devant une caméra, le résultat n'est pas forcément très bon ! Ceci dit la psychologie des personnages est effectivement sur écrite dans "France Five"… L'épisode 4 devrait pallier à cette ambiguïté de l'interprétation puisque nous avons été coacher pour la première fois.

 

 

- Comment avez vous réuni votre équipe et comment la conception de la série a-t-elle démarré ?

D.A. : Au fur et à mesure de la concrétisation du projet, on a été amené à proposer à certains professionnels de notre entourage de participer, bénévolement, au projet. L'équipe a commencé à se former comme ça. Au fil des épisodes, certains sont partis, d'autres ont été enthousiasmés par ce qui avait déjà été fait et nous ont proposé leurs services.

S.R. : Il faut rappeler qu'au départ, il s'agissait dans un premier temps de faire un unique épisode mais de façon la plus sérieuse possible et en respectant scrupuleusement les nombreux codes du genre. A ce moment, personne n'avait jamais fait de films amateurs dans l'équipe même si certains avaient contribué à quelques petits projets. Pendant les huit premiers mois, on s'est ainsi réuni toutes les deux semaines pour mettre en forme le projet. Le scénario est né à ce moment, on a notamment modelé les personnages qu'il nous fallait et on a ensuite casté dans nos entourages : les copains, les copains des copains… Malgré tout, on gravitait toujours dans le milieu du jeu vidéo et des dessins animés japonais. Les rôles ont rapidement été trouvés hormis pour les méchants qui avaient des caractéristiques plus particulières et plus difficiles à trouver…

- Au final, l'équipe est composée de combien de personnes ?

S.R. : Nous avons réuni une équipe d'une soixantaine de personnes, qui sont d'ailleurs toutes citées dans le générique, avec en fait un noyau dur d'une trentaine d'individus.

D.A. : Mais l'équipe mobilisée pour une simple séquence de tournage peut être extrêmement variable suivant le nombre de figurants, les éventuelles cascades assurées en costumes par des doublures, la géographie de la scène... Il faut d'ailleurs savoir que les scènes en extérieur des Sentai s'effectuent en général dans des débarras d'usines, à proximité de zones industrielles avec de gros tubes qui ne servent à rien en arrière plan dans les décors, ou encore dans des clairières, ce qui n'est pas toujours simple à trouver !

- Vous attendiez-vous à fournir autant de travail pour arriver à vos fins ?

S.R. : On ne s'attendait pas à ce que cela dure 5 ans ! On aurait certainement plus réfléchi si on avait su ce qui nous attendait au niveau du travail même si cela a été très enrichissant. On a appris beaucoup de choses pendant ces années, notamment à être très polyvalent, j'ai été amené à coudre, manipuler du latex, maquiller…

D.A. : La série a demandé beaucoup de travail mais ça a effectivement été très enrichissant sur le plan des compétences. On a été amené à connaître les choses les plus simples comme les principes de base du montage ou de la mise en scène.

 

- Vous avez pris part à la post-production numérique ?

S.R. : Non pas vraiment, ce travail là étant plus délicat, nous l'avons laissé à de véritables pros dans leur domaine malgré quelques petites propositions. Par contre, les responsables de la post-production sont venus jouer les figurants sur les lieux de tournage !

- La logistique d'un tel projet est-elle lourde à assurer ?

D.A. : Elle est effectivement assez lourde à gérer, tout le problème est d'arriver à s'organiser alors qu'aucun de nous ne travaille en tant que professionnel, chacun a donc son emploi du temps, il faut concilier tout ça et un rendez-vous est vite manqué.

S.R. : La logistique demande de toute façon beaucoup de travail, maintenant depuis quatre ans, l'équipe s'est étoffée et l'organisation s'est largement rôdée, nous avons gagné en productivité.

- Quel est votre budget ?

S.R. : Pour un épisode, on doit compter entre dix et vingt mille Francs. Nous mettons en commun cet argent sur un compte, après il peut arriver de s'endetter. En général, ce sont ceux qui travaillent qui peuvent mettre un peu plus.

D.A. : L'avantage, c'est que nous sommes nombreux, c'est plus simple.

S.R. : "France Five" fonctionne pour l'instant grâce à une organisation largement informelle. En ce qui concerne les tournages dans les lieux publics, nous n'avons pas toujours d'autorisation préfectorale et ça reste à la limite de la légalité. En ce qui concerne les coûts, nous ne faisons aucun bénéfice et c'est mieux comme ça : soixante personnes qui s'investissent bénévolement, il n'est pas envisageable de faire de l'argent sur leur dos car c'est le coup à créer des tensions au sein du groupe.

- Avec un peu plus de recul, comment analysez-vous la progression technique et artistique de la série ?

S.R. : Ce sont les compétences de chaque membre de l'équipe dans leur domaine qui se sont accrues au fur et à mesure des épisodes, c'est ce qui a permis de rendre la série de plus en plus efficace dans de nombreux domaines. C'est en fait à force de tourner et de produire des épisodes que l'on découvre nos erreurs et qu'on les évite par la suite. Reste l'acting qui n'avait pas réellement progressé jusque là mais qui devrait être bien meilleur dans l'épisode 4.

D.A. : Je trouve aussi qu'il y a une véritable progression au niveau des combats, la chorégraphie s'est largement améliorée grâce à l'arrivée de véritables professionnels.

- Quel est votre meilleur souvenir dans la conception de "France Five" ?

S.R. : Je n'ai pas de meilleur souvenir précis en tête, "France Five" est une accumulation de bons souvenirs.

D.A. : La solidarité et la dynamique qui sont apparues au sein du groupe restent les meilleurs souvenirs.

 

- Quelles difficultés sur le tournage vous ont les plus marquées ?

S.R. : Je suis parti aux États-Unis en laissant inachevé le premier épisode de "France Five", j'en avais gros sur le cœur d'abandonner l'aventure, même temporairement. Le pire souvenir reste pourtant quand je suis revenu et que j'ai constaté les énormes difficultés qui avaient été rencontrées pour boucler l'épisode. Le tournage du premier "France Five" est resté le plus difficile.

D.A. : Il est arrivé que des tensions et des querelles de coeur à l'intérieur de l'équipe apparaissent, ça n'a pas toujours été simple à gérer.

- A ce propos, le réalisateur Alex Pilot est-il exigeant ?

S.R. : Les rapports restent très bons et il n'y a eu aucun véritable problème. Maintenant, il s'agit d'un professionnel : il fait en sorte de nous mobiliser à fond pour donner le meilleur de nous au moment-clé. C'est lui qui accumule et gère tous les problèmes de tournage, c'est là où l'on se rend compte du travail colossal du réalisateur.

D.A. : En même temps, "France Five" nous a aussi fait comprendre ce qu'était le travail d'acteur. Les journées de tournage demandent un investissement que l'on ne soupçonne pas et on est content de rentrer dormir le soir !

- Quel est finalement l'impact médiatique d'un tel projet ? Les retours du public ont-il toujours été bons ?

D.A. : Ce qui a plu particulièrement au public, c'est de découvrir que "France Five" était la première Sentai française. Certains, comme les Inconnus ou les Nuls, avaient déjà entrepris des parodies, mais notre objectif n'était pas de faire une parodie mais un Sentaï. Les retours du public ont été bons, on a eu une grande satisfaction de voir les plus jeunes spectateurs rentrer sérieusement dans le jeu. Après tout, la série leur était destinée même si le côté nostalgique a également plu à un public de jeunes adultes.

S. R. : Nous avons surtout été étonnés par l'impact de la série au Japon, nous avons notamment participé au plus grand festival japonais de science fiction. Un cross-over sur une scène a été organisé au Cartooniste, alors que cela ne se fait absolument pas dans les Sentai ! De la même façon, la plupart des professionnels japonais du jeu vidéo et du dessin animé nous connaissent, ce qui semble assez disproportionné ! Ce qui a été apprécié, c'est bien le respect rigoureux des exigences assez complexes du Sentai. Par exemple, nous n'avons pas rajouté par hasard un surtitre au-dessus de "France Five", tous les Sentai japonais en ont un. De la même façon, le personnage jaune, Yellow Baguette, est le gourmand de la bande comme c'est le cas dans de nombreuses Sentai. C'est ce genre de détail qui semble avoir fait la différence.

D.A. : Il faut savoir que ces séries sont une institution au Japon et qu'elles font fortement parti de l'imaginaire collectif. Depuis plus de 20 ans, les petits japonais regardent le dimanche matin ces programmes qui se renouvellent chaque année. Cela fait parti de l'imaginaire collectif, de façon beaucoup plus forte qu'en France.

- Avez-vous profité du revival des années 80 de ces dernières années ?

S.R. : Oui, en tout cas dans notre communication puisque nous avons participé à des interviews de journaux spécialisés dans ce domaine. Et puis on se retrouve avec ce public puisqu'on rend hommage à ce qui nous a nous mêmes marqué dans notre enfance.

 

- Quel sont les canaux de diffusion de "France Five" ?

D.A. : Nous essayons pour chaque épisode de viser un festival qui puisse nous diffuser. C'est comme ça que nous avons participé au festival de la BD "Cartoonist". Nous avons mis en place un site Internet par lequel on peut accéder à tous les épisodes terminés. Après, le principe, c'est d'encourager la diffusion au maximum et de ne rien refuser : des magazines d'Internet nous ont ainsi proposé de nous mettre sur leurs CD, les sites de courts-métrages nous ont également accueillis. Enfin, nous avons eu quelques diffusions sur la chaîne de jeux vidéos "Game One", quelques passages sur Canal +. Nous avons aussi participé à de nombreux festivals. Comme le support DVD était encore naissant au début de "France Five", nous avons diffusé la série par l'intermédiaire de VHS, sauf pour le trois qui a été diffusé en V-CD, ce qui a donné un bien meilleur rendu. On passera peut-être au DVD pour le numéro 4 mais on ne veut pas alourdir inutilement le prix pour le spectateur.

- Un véritable DVD avec bonus et série complète est-il envisageable ?

S.R. : Peut-être qu'un jour on le fera, nous proposons déjà beaucoup de documents relatifs à la série sur le site Internet comme des making-of ou des dessins, on a même prévu un commentaire audio. Le problème, c'est que la simple création de la série nous prend déjà tout notre temps et notre argent, il faut savoir choisir…

D.A. : Nous avions connu tellement de galères et travaillé tellement dur pour ce projet que nous avions envie de faire connaître ce travail au travers du site Internet. En ce moment, c'est un peu la mode des making-of réchauffés et sans grand intérêt, on a donc essayé de faire quelque chose de différent, notamment pour le troisième épisode qui présente plus distinctement les membres de l'équipe technique.

- Pensez-vous que c'est plus l'enthousiasme communicatif que la qualité intrinsèque de la série qui a charmé les spectateurs de "France Five" ?

S.R. : Je pense que les deux vont de paire… (silence puis rire) Mais en y réfléchissant, le premier reste techniquement assez limité ! En réalité, ce qui a le plus marché, c'est qu'on a compris que les recettes du Sentai étaient respectées, cela a joué davantage que l'aspect visuel.

- Cinq épisodes, pas un de plus ?

S.R. : Les Sentai fonctionnent en zoomant sur un personnage précis, nous avons cinq personnages donc il paraît logique de se limiter à cinq épisodes. Le cinquième épisode nous amènera peut être jusqu'en 2005. Le côté matériel joue aussi, nous avons commencé en étant étudiants, désormais nous débutons tous plus ou moins une carrière professionnelle et ça devient de plus en plus difficile. Et puis le scénario a été conçu pour cinq épisodes, ça nous paraissait être un bon chiffre. Cela ne nous empêchera pas de faire des apparitions ponctuelles dans d'autres séries amateurs SF.

- Un sentiment de routine ne finit-il pas par jouer ?

D.A. : non, vraiment pas, chaque épisode a pour l'instant apporter son lot de nouveautés et pas une fois nous ne nous sommes ennuyés, bien au contraire.

 

 

D'un point de vue plus personnel, que vous a apporté la série ?

- S.R. : En tout cas, "France Five" ne nous a pas rapporté d'argent ! Ce ne sont pas les quelques CD et cassettes vendus sur les stands des festivals à un prix dérisoire qui nous ont rapporté beaucoup de sous. D'ailleurs, ces ventes étaient davantage destinées à rembourser le stand. Mais du point de vue personnel, "France Five" m'a tout simplement donné le virus du cinéma à force de travailler avec le réalisateur. Et c'est comme ça que nous avons monté ensemble une petite maison de production proposant des programmes audiovisuels consacrés au Japon. En réalité, cette aventure a peut-être changé le cours de ma carrière professionnelle !

- D.A. : J'ai également envie de concrétiser certaines choses : story-board, adaptation de BD, chorégraphie… Sur le plan humain, la série m'a aussi pas mal apporté. J'ai commencé la série en jouant le rigolo mais j'étais assez introverti. Le fait d'avoir participé à un projet commun comme "France Five" m'a permis d'avoir un contact différent avec les autres.

- S.R. : Ca c'est vrai, après vous être baladés sur le parvis du Trocadéro en collant Lycra rouge, croyez-nous, vous pouvez tout faire !

- Où en êtes vous actuellement de la conception de la série ?

S.R. : Nous en sommes au 2/3 de la post-production de l'épisode 4. Il devrait sortir en mars 2004 après un petit retard. Nous travaillons plus efficacement mais nous préférons prendre notre temps pour bien faire les choses.

- Pouvez-vous dévoiler aux lecteurs de Kinomax une exclusivité au sujet de l'épisode 4 de "France Five" ? Quand débutera le tournage de l'épisode 5 ?

S.R. : Vous le découvrirez de toute façon très bientôt. C'est la jeune fille du groupe, "Pink à la mode", qui tiendra le haut de l'affiche. Nous avons d'ailleurs recruté une jeune et jolie actrice professionnelle pour l'occasion. Cet épisode devrait marquer un nouveau pas du point de vue technique et comme la série avance, nous pouvons nous permettre, comme le genre a l'habitude de le faire, de s'écarter des règles en place. On creusera encore un peu plus les aspects de certains personnages. Et le nouveau méchant évoqué dans l'épisode précédent apparaîtra enfin ! Vous aurez aussi la surprise de découvrir un générique tout neuf, chanté par un professionnel reconnu.

Quand débutera le tournage de l'épisode 5 ?

La date du début du tournage de l'épisode 5 n'est pas encore arrêtée, nous préférons prendre les choses dans l'ordre, en faisant doucement mais bien.

Guillaume & Louis-François


Le site Internet de la série : http://www.francefive.com/