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Pour célébrer ce tout dernier Halloween
du millénaire, la rédaction se devait de vous concocter un petit
dossier sur les quelques films qui ont su marquer de leurs sanglantes
empreintes les esprits souvent trop innocents des spectateurs.
Le but de cet article n'est donc pas de faire une chronologie
des films d'horreur sortis ces cinquante dernières années mais
simplement d'insister sur quelques perles du cinéma d'horreur
qui, par leurs visions particulièrement pessimistes, ont réussi
à traumatiser des générations entières de spectateurs, et obtenir
ainsi un impact social et cinématographique majeur. Pour cela,
nous avons dû procéder à une sélection imparfaite des quelques
chef-d'oeuvres qui ont atteint ces objectifs ; parmi eux "La
Nuit des Morts-Vivants", "Halloween", "Massacre à la Tronçonneuse",
"L'Exorciste", "Les Dents de la Mer" et "Alien, le 7eme passager".
Le but de ce dossier est ainsi
d'analyser comment ces films ont réussi, par leur contexte,
leur génie et leurs originalité, à se faire une place dans
le cercle très fermé des films traumatisants.
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I - "La Nuit des Morts-Vivants"
La modernisation du cinéma d'épouvante.
Tourné au printemps 1967 avec un budget de 120 000 $ par G.
Romero, ce film fut l'un des premiers à établir les codes
du film d'horreur moderne. Pour des questions de budget, il
fut tourné en noir et blanc, caméra à l'épaule avec des figurants
amateurs.
De même, les producteurs choisirent à l'époque
le genre de l'épouvante dans un pur soucis commerciale qui
n'ôta pas pour autant la volonté d'un travail cinématographiquement
irréprochable. Ce film marqua, avec ces quelques séquences
cannibales, les débuts d'un cinéma gore créé quelques années
avant par Herschell Gordon Lewis. Et en juin 1970, après un
triomphe qui se fit attendre dans les salles, le film atteignit
la consécration lorsqu'il fut présenté au Museum of Modern
Art.
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Reprenant vaguement le schéma des "Oiseaux"
d'Hitchcock, le film ne connut un succès qu'à partir de 1969.
Il apparaît comme un film à la fois classique par l'esthétique
de son montage, de sa mise en scène et de son thème musical,
et profondément immoral par le refus des codes du politiquement
correct de l'époque ; le héros est noir et meurt épouvantablement
à la fin, les personnages n'ont aucune véritable qualité pour
s'en sortir, la fille, devenue zombie, trucide sa propre mère,
et pour finir, il ne reste aucun survivant à la fin du film
! Le film choquera d'autant plus qu'il s'affirmera comme une
brillante allégorie sur la condition de l'homme et sur sa
place dans la société.
Par cette volonté de faire du "choquant de
qualité", "La Nuit des Morts-Vivants" constitue la transition
idéale entre la vieille garde du cinéma d'"épouvante" (à l'image
de "Nosferatu") et la nouvelle génération des réalisateurs
de films d' "horreur" populaires. Aujourd'hui, il fait unanimement
parti du patrimoine cinématographique mondial puisqu'il est
à la fois étudié dans les universités et considéré comme culte
par le grand public. Il fit l'objet de deux suites reconnues
: "Zombie : Dawn of the Dead" (1979) et "Day of the Dead"
(1985) et d'un remake en 1988 réalisé par Tom Savini (Alias
"Sex Machine" dans "Une Nuit en Enfer").
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II -"L'Exorciste"
Un aller simple pour l'enfer.
L'histoire de cette fillette
possédée par le diable constitue le premier blockbuster horrifique
de l'histoire du cinéma. Avec ces 88 millions de dollars de
recette, ce film est aussi à l'époque la preuve vivante qu'un
film d'horreur à gros budget peut connaître le succès.Dans le
cas présent, on parlera même de véritable phénomène de société
: les studios Hollywoodiens se rendent compte que l'horreur
fait vendre :
"Les Dents de la Mer" et "Alien",
sortis quelques années après, en seront les conséquences directes.
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Avec ce film réalisé en 1973
par W. Friedkin, on peut clairement dire que le cinéma gore
obtient ces lettres de noblesses. Les studios Warner ont tout
mis en oeuvre pour proposer au grand public une véritable descente
aux enfers : un réalisateur talentueux ("French Connection"),
un scénario basé sur un phénomène réel reconnu par l'Eglise
et des effets spéciaux ne reculant devant rien. Résultat : on
ne compte plus les spectateurs qui sortent au milieu du film
ou qui sont pris de malaises lors des premières semaines d'exploitation.
Il faut dire que la réalisation de Friedkin est particulièrement
insidieuse : privilégiant d'abord le suspense, il procède à
un interminable crescendo de la violence, traumatisant ainsi
le candide spectateur des années soixante-dix qui ne s'attendait
pas à voir le tiers de ce qui est finalement montrer. Le réalisateur
ne recule devant rien : blasphèmes interminables, masturbation
sanglante au crucifix, convulsions démentielles, vomissements
hideux, tout cela de la part d'une fillette de onze ans !
Etonnamment, le film ne fut
pas interdit de diffusion en salle en France, bien que faisant
l'objet d'un contrôle rigoureux. A l'inverse, toute diffusion
télé et VHS fut interdite pendant de longues années, à une époque
où l'on considérait que le mineur avait un accès trop facile
à la télévision. Ce film constitue l'un des sommets de l'horreur
proposé par une major américaine. Si bien que depuis, aucune
grande firme hollywoodienne n'a jamais osé surenchérir.
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III - "Massacre à la tronçonneuse"
L'excellence du film malsain.
Réalisé par Tobe Hooper en
1974, il fut tout simplement interdit en France jusqu'en 1981,
ce qui permit d'entretenir le mythe d'un film particulièrement
atroce. Or cette atrocité fût associée dans l'esprit des gens
à une débauche d'effets sanglants comme le présupposait son
titre. Il semble en fait que le réalisateur fut pris à son propre
jeu : à force de vouloir laisser imaginer le pire, plus personne
n'eut l'occasion de voir.
le film à cause de la censure.
Si bien que dans les années quatre-vingt, lors de projections
exceptionnelles du film au Grand-Rex, la demande était telle
que les spectateurs étaient refoulés par centaines certains
soirs !
En réalité, le film s'avère
jouer exclusivement sur une surenchère de violence suggérée
et jamais montrée : l'amateurisme de la réalisation, le taudis
dans lequel vit le tueur, les os humains éparpillés partout,
le masque du tueur et le titre sont autant d'éléments qui laissent
imaginer le pire sans rien (ou presque) dévoiler. Le climat
malsain dans lequel évoluent les personnages est tels que la
censure avait alors préféré agir. A l'inverse, Tobe Hooper réalisa
une suite particulièrement gore en 1986 qui ne fut pas interdite
dans les salles !
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Ce film a incontestablement
marqué les esprits du fait même du contexte dans lequel il est
sorti. Aujourd'hui encore, il reste, à tort, aux yeux du grand
public un film particulièrement sanglant et malsain. Or les
initiés savent bien qu'il s'agit simplement d'un des tout premiers
"slasher-movie" (voir "Halloween") qui se fit connaître grâce
au scandale de sa promotion américaine (spots de pub et bandes-annonces
génialement évocatrices). Depuis, la surenchère a fait son chemin.
Le film connut trois suites amusantes mais jouant surtout sur
le second degré, ce qui tranche avec le premier épisode.
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IV - "Les Dents de la Mer"
L'Amérique en plein doute.
Voici le film qui détrôna,
en 1975, "L'Exorciste" au box-office avec plus de 133 millions
de dollars de recette. Après des mois de retards et des problèmes
divers, Spielberg et son équipe ont réussi leur pari : à la
sortie des "Dents de la Mer", toute l'Amérique est traumatisée,
l'été suivant, la fréquentation des plages chute même de près
de 20 % aux Etats-Unis ! Le film est saisissant de réalisme
et confirme le talent esthétique du réalisateur de "Duel". Les
Studios américains se frottent les mains de voir à quel point
le genre de l'horreur plait au grand public.
L'idée du film est née à une
époque de forte industrialisation durant laquelle les pays occidentaux
avait acquis une certaine confiance concernant la maîtrise de
l'environnement. Or, les massacres perpétrés par le requin blanc
cristallisent volontairement l'inverse : la nature y apparaît
indomptable et cruelle. C'est justement cette impuissance inattendue
de l'homme face la nature qui va créer le doute et donc l'angoisse
dans l'esprit des spectateurs. Spielberg observe un crescendo
minutieux de la violence dans les attaques du requin. Alors
qu'au départ, ce dernier apparaît fourbe et mystérieux, ces
attaques deviennent de plus en plus explicites au fil des scènes.
Certains n'hésitent pas à affirmer que ce film est une métaphore
de l'impuissance des Etats-Unis dans la guerre du Vietnam, symbolisé
ici par un requin invincible dans son milieu. Cependant, le
fait que le film soit destiné à un large public oblige les producteurs
à proposer une dernière partie qui privilégie logiquement l'action
à l'angoisse et au bout de laquelle on assiste à une happy-end
très américaine (on ne se refait pas !).
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La dextérité avec laquelle Spielberg
à traiter son sujet en a étonné plus d'un à l'époque de la sortie
du film. D'autant qu'il avait été question d'arrêter le tournage
tant ce dernier s'avérait laborieux. Le film est aujourd'hui
reconnu comme un chef-d'oeuvre du genre et a permis à Spielberg
d'être propulser au rang de maître de la réalisation. Le film
connut trois suites reprenant les mécanismes du premier mais
l'habileté en moins.
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V - "Halloween"
La mise en place des codes de
l'horreur.
Jusqu'à l'arrivée de "Blair
Witch Project", "Halloween", réalisé en 1978, restait le plus
gros succès financier pour un film indépendant : il a rapporté
plus de 75 millions de dollars pour un investissement de départ
de 300 000 $ et un tournage de 22 jours !
Il recut, entre autres, le prix
de la critique au festival d'Avoriaz en 1979. Il est aujourd'hui
considéré comme l'un des principaux films à avoir installé les
codes du film d'horreur moderne encore en vigueur actuellement.
Comme tout les films décrits dans cet article, il connut un
nombre incroyable de plagiats.
Il faut dire que John Carpenter,
par cette réalisation, a crée un nouveau genre de film : le
"slasher movie" qui consiste à raconter avec réalisme les exploits
sanglants d'un tueur en série à la poursuite d'adolescents.
Un genre qui révèle rapidement ses faiblesses : le manque certain
d'un bon scénario. C'est particulièrement flagrant dans "Halloween"
: le scénario, volontairement simpliste, s'efface devant la
réalisation incroyablement bien pensée de J. Carpenter. Ce dernier
multiplie les plans subjectifs du tueur et utilise constamment
le hors-champs et l'ambiguïté du cadre comme vecteurs d'angoisse.
Le spectateur se retrouve témoin privilégié d'un fait divers
sanglant dont il ne connaît pas l'issus : tantôt il participe
au voyeurisme auquel s'adonne le tueur, tantôt il s'interroge,
en tant qu'observateur détaché, sur la façon dont celui-ci va
agir. La longue attente s'accompagne d'un thème musical récurrent
qui démultiplie la tension visuelle de la réalisation. L'angoisse
est d'autant plus palpable que le tueur au masque apparaît au
fil des scènes comme une entité invincible proche du mal absolue.
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Rarement un réalisateur aura su faire partager une angoisse
aussi intense que John Carpenter dans "Halloween". Il fût à
l'époque considéré comme un génie de la mise en scène malgré
un scénario que nombreux, notamment en France, trouvèrent trop
léger. Qu'importe ! Aujourd'hui, le film est considéré comme
culte par la plupart des amateurs de film d'horreur. Il connut
sept suites différentes aux scénarios souvent abracadabrants.
Le dernier de la série "Halloween : 20 ans après…" connut un
certain succès.
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VI - "Alien"
La technologie au service de l'horreur.
En 1979, les majors américains poursuivent
sur leur lancée de l'exploitation de l'horreur avec ce huis-clos
spatial angoissant. Cette fois-ci, ce sont les Studios de la
20th Century Fox qui montent au créneau.
L'idée de départ est simple
: la découverte par les héros de la présence, à bord de leur
vaisseau, d'un individu extra-terrestre hostile. Le traitement
du sujet est autrement plus original : le film s'avère extrêmement
complet d'un point de vue visuel, technique et de réalisation.
Rarement le spectateur ne se
sera autant cramponné à son siège. Les concepteurs du film eux-mêmes
s'étonnent de voir le nombre de spectateurs angoissés qui préfèrent
quitter la salle alors que le film n'est même pas encore terminé
!
Il faut dire que les concepteurs
se sont énormément investis pour arriver à un tel résultat.
Tout a été pensé pour recréer un univers le plus proche possible
de la réalité : Story-boards complets du long-métrage, nombre
impressionnant de dessins de la bête, de costumes, de décors
et d'accessoires divers, plans complets du vaisseau… A l'entrée
des Studios où a été tourné le film, les acteurs eux-mêmes ont
l'impression d'entrer dans un autre monde. Après avoir constaté
un tel investissement d'efforts, les producteurs décident alors
de doubler le maigre budget alloué au film.
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Mais tous ces efforts n'auraient
aucun sens s'ils n'étaient pas mis au service d'une seul chose
: plonger le spectateur dans un environnement inconnu et hautement
réaliste dans le but de mieux pouvoir le déstabiliser. Pour
cela, les producteurs ont misé sur le génie d'un jeune réalisateur
alors prometteur : Ridley Scott. Alors que le postulat de départ
s'avère être le même que celui des "Dents de la Mer", l'arrivée
d'une entité étrangère inconnue, la méthode qu'il va employé
pour amener le spectateur vers l'angoisse est radicalement opposée
: le réalisateur insiste dans la première partie sur la violence
des actes de la bête, puis utilise le suspense des situations
comme générateur d'angoisse une fois que le spectateur sait
de quoi la créature est capable. Une méthode simple mais on
ne peut plus efficace.
L'espace était un endroit pur
et envié dans l'esprit des gens. Ridley Scott a décrété qu'il
serait un endroit hostile et menacant. Et il fût écouté car
on ne compte plus les réalisateurs qui se sont inspirés de sa
vision des choses par la suite. Le film connut trois suites
de qualité et, fait rare, ayant toutes connues de francs succès.
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Par ce film s'achève notre dossier
spécial Halloween. Vous l'avez peut-être remarqué : aucune oeuvre
des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix ne figure dans notre sélection.
Le cinéma aurait-il cessait d'angoisser le spectateur depuis vingt
ans ? Certainement pas ! Mais celui-ci a certainement atteint, comme
le spectateur, une certaine maturité qui fait qu'il est plus difficile
de "choquer" le spectateur aujourd'hui qu'il y a vingt ans. Ca, c'est
pour le côté optimiste, on peut aussi estimer que le cinéma (notamment
américain) préfère aujourd'hui proposer un produit plus commercial
et grand public. Exit donc ce qui pourrait déstabiliser le spectateur.
Espérons qu'un jour ou l'autre, ce genre de cinéma qui connut son
apogée au début des années quatre-vingt, finira par revenir en force.
Patience…
Guillaume
Bibliographie :
-"Le cinéma gore, une esthétique
du sang", Philippe Royer, édition du Cerf. -"Ze Craignos Monsters,
le re-retour", J.P. Putters, édition Vents d'Ouest. -"Mythes et Masques
: Les fantômes de John Carpenter", L. Lagier et J.B Thoret, Dreamland
éditeur.
DVD-graphie :
- "Alien", Twentieth Century Fox
- "Night of the Living-dead", Silver-Screen Collector Edition
- "DVD collector 7", DVD vision.
Webographie :
-www.imdb.com
-www.geocities.com/~thedus/
-www.jawsmovie.com
-www.theexorcist.net
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