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INTERVIEW
Il était une fois dans l'Oued

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Le duo Bensalah-Courbey une nouvelle fois reformé sur grand écran pour une comédie douce amère sur l’exil d’un Français en Algérie. Un plongeon dans l’Alger de 1988, celui d’avant les fameux événements d’octobre. Une vision juste et insouciante d’un pays qui a connu le chaos. Le cinéma c’est fait pour faire rire nous dis en substance Djamel Bensalah. Oublié le succès du « Ciel… », envolé les problèmes sur le tournage du « Raid », le Djamel Bensalah qui se présente à nous aujourd’hui est gai, insouciant et heureux dit-il de pouvoir faire du cinéma comme il le veut. C’est à dire un cinéma comique, décomplexé et qui donne une autre image de l’arabe. C’est le cœur léger et tranquille qu’il se livre au jeu des questions réponses… |
Kinomax : C’est pas trop dur de tourner un film en Algérie aujourd’hui ?
Djamel Bensalah : Il faut beaucoup de temps pour obtenir les autorisations de tournage en Algérie. C’est compliqué pour eux et pour nous. Il y a les demandes de visas etc. L’Algérie est un pays qui a besoin de tourner la page. Du moment que vous avez un projet de comédie, ils sont ravis que l’on s’intéresse à eux pour autre chose que pour leur passé. Vous savez, j’aime prendre le contre pied. Avec « Il était une fois dans l’Oued », j’ai essayé d’aller à l’opposé de l’image de l’Algérie avec les attentats, l’insécurité. Je voulais redonner un peu de grâce à cette ville, à Alger. Cela n’a jamais été fait auparavant.
Pourquoi situer le film en 1988 ?
Djamel Bensalah : Je voulais clairement éviter l’image de l’arabe terroriste. Aujourd’hui l’arabe est systématiquement stigmatisé. Je souhaitais avec ce film changer l’image de l’arabe, une grenade à la main. Je cherchais à me déconnecter de cette réalité. J’étais adolescent dans les années 80, pour moi c’est une période très heureuse. Je n’en garde que des bons souvenirs et l’image d’une Algérie pacifiée. L’été 1988 a été le dernier été tranquille en Algérie avant les événements d’octobre et je souhaitais dans mon film retrouver ce sentiment de bien être qui régnait alors.
Vouliez-vous éviter de politiser le film ?
Djamel Bensalah : Je préfère aborder les questions politiques sous un angle comique. J’ai une conscience politique mais je crois que cela n’a pas sa place dans le film. Passer 1h50 dans un cinéma, ça vous fait oublier que des gens sont en train de se faire péter la gueule en Irak. Je crois que le cinéma est fait pour ça. Je choisis ce que je veux mettre ou ne pas mettre dans mon film. Si on ne montre pas d’image positive de ces gens-là, on va droit dans le mur. Le cinéma peut faire avancer les choses aujourd’hui plus que les politiques qui sont impuissants. Le cinéma permet de se projeter dans le temps, de se rapprocher, de faire rêver. Et moi j’ai besoin de vivre les choses pour les exprimer, ce que je fais aujourd’hui en tant que cinéaste. Mais y’a vraiment pas d’esprit communautaire dans ce film. |
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Qu’est-ce qui a changé depuis votre premier film, « Le Ciel, les Oiseaux et ta Mère » ?
Djamel Bensalah : Aujourd’hui, je ne pourrais plus refaire un film comme « Le Ciel… ». Je revendique quand même ce film. L’image que je donnais de la banlieue n’est plus vrai. En 1998, on vivait dans le France qui avait gagné la Coupe du Monde. Ce n’est pas en voulant que les choses s’améliorent que forcément elles vont s’améliorer. Aujourd’hui dans un film quand il y a un arabe mauvais, mais il n’y a pas forcément un bon arabe pour compenser. Ensuite dans « Le Raid », j’ai fait preuve de beaucoup d’impertinence. Le film a aussi coûté beaucoup d’argent et on a eu pas mal de problèmes, un accident notamment. L’expérience du « Raid » m’a rendu beaucoup plus fort. « Il était une fois dans l’Oued » c’est vraiment ce dont j’ai besoin aujourd’hui.
Djamel Bensamah – Julien Courbey, une équipe qui gagne ?
Djamel Bensalah : Je n’ai pris que des amis pour faire ce film ! Mais c’est vrai qu’il se passe quelque chose. Toute l’équipe a très vite adhéré à ce projet. Ce film, je crois, s’est fait pour de bonnes raisons. On étais tous d’accord sur un point : ce film on le faisait pour changer l’image d’une communauté. Certains diront peut-être que j’ai fait un film super naïf mais je m’en fous ! Quant à Julien Courbey, ce n’est pas mon acteur fétiche, c’est Steeve McQueen mon vrai acteur fétiche ! (rires)
Et vous Julien, des projets en chantier avec Djamel ?
Julien Courbey : Non, j’en ai marre de tourner avec des arabes (rires). Plus sérieusement Djamel m’a offert mon premier vrai rôle au cinéma. Mais au départ je suis venue sur ce film surtout pour l’histoire. J’avais un peu peur que mon personnage tombe dans le drame mais finalement j’ai compris qu’il était très généreux. Il sourit tout le temps, c’est ça que j’ai aimais dans le personnage. A lors j’ai finit par accepter le rôle et je le regrette pas !
Propos recueillis par Jérémy PONTAL - Octobre 2005
Merci à Djamel Bensalah et à Julien Courbey
Merci aussi à Cécile Dumas
(Photos : Jérémy PONTAL)
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