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INTERVIEW

Jean-François Richet à l’assaut du cinoche ricain

Jean-François Richet est parti aux USA pour mettre en image un film qui lui tient à cœur depuis quelques temps : un remake du film « Assault » by John Carpenter. Pour son premier film US après « De l’amour », « Ma 6T va Crack-er » et « État des lieux », Richet choisit le western urbain. Aujourd’hui Jean-François Richet est revenu des US avec sous le bras SON film. Mais le parcours d’un frenchy aux States n’est pas de tout repos. Silence ça tourne…

Qui au départ, a eu l’idée de réaliser un remake du film « Assault On Precinct 13 » de John Carpenter ?

On a eu l’idée avec notre producteur français (ndr : Pascal Caucheteux) de faire un remake du film « Assault ». La condition étant pour moi que John Carpenter donne son aval à ce projet. John a vu « Ma 6T va Crack-er » trois fois et il a dit : « je vends les droits si c’est Richet qui le fait ». D’ailleurs je crois qu’il les a vendus pour presque rien, 15 000 $ environ. J’étais plutôt flatté et j’ai rapidement contacté un scénariste américain qui s’appelle James DeMonaco (ndr : scénariste du film « The Negociator» de F. Gary Gray avec Kevin Spacey et Samuel Jackson). En dix mois de travail on a bossé en collaboration assez étroite sur le scénario. Puis on a choisi « Focus Features » pour le produire. C’est un studio qui avait produit « 21 Grams » (ndr : réalisé par Alejandro González Iñárritu) et « Lost in Translation » (ndr : réalisé par Sofia Coppola). Donc on a vraiment pris un studio avec une vraie démarche artistique. C’est vrai que « Assault » est un film d’action, un film de genre mais j’ai eu quand même la liberté de faire ce que je voulais à 100% puisque j’ai eu le final cut.

« Aux USA les critiques ont trouvé dans mon film une plus grande filiation avec le film de Hawks qu’avec celui de Carpenter »

Est-ce que vous considérez votre film comme une véritable relecture du film original de Carpenter ?

Je dirais plutôt que c’est une relecture du thème de l’assaut et de l’enfermement. Le film de Carpenter était déjà lui-même une adaptation d’un film de Howard Hawks « Rio Bravo » (ndr : réalisé en 1959). C’est vrai qu’aux USA les critiques ont trouvé dans mon film une plus grande filiation avec le film de Hawks qu’avec celui de Carpenter. En effet, dans mon film je donne un visage aux assaillants comme l’avait fait Hawks, alors que ce n’était pas la démarche de Carpenter. On connaît le passé et les traumatismes qu’ont pu subir les personnages comme chez Hawks. Le film de John Carpenter est sur le thème de l’enfermement, mais il tire aussi un petit peu sur le fantastique parce que les personnages sont fantômatiques, ils sont un peu abstraits et c’est un film intellectuel. Le mien c’est un film d’action. Mes films sont rarement conceptuels. Ils sont plutôt ancrés dans une réalité, c’est plus des films terriens que aériens.

Dans quelle mesure vous avez participé à l’écriture du scénario puisque James DeMonaco est seul crédité à ce poste ?

James DeMonaco a écrit le film avec ses petites mains mais toutes les idées du scénario, on les a développées ensemble. Ma principale influence pour réaliser ce film était « À bout de souffle » de Godard. La force d’« Assault »  c’est que mon producteur était vraiment de mon côté. C’est un producteur français avec qui j’ai développé ce projet, ce n’est qu’après qu’on l’a proposé aux américains. J’ai vraiment pu avoir ce que je voulais dans ce scénario, ce n’est pas du tout un scénario calibré, américain. En France, il n’y a pas de place pour ce genre de films. C’est pour cette raison que j’ai toujours voulu faire ce remake aux USA. J’aurais pu mettre des dizaines d’années pour le monter en France, en plus les projets de ce type ne sont pas légion. Le film de genre aujourd’hui n’a pas beaucoup de place en France.

« En ce qui concerne le rappeur, il était imposé par le studio »

 

C’est vous qui avez choisi les acteurs ou est-ce qu’ils vous ont été imposés ? On note en effet par exemple la présence du rappeur Ja-Rule…

J’avais une liste d’acteur, le studio aussi. On a confronté nos noms puis j’ai rencontré Ethan Hawke. C’est le premier acteur à qui j’ai expliqué ma vision du film. Il a lui-même vu mes films français, il les a aimé et il a finalement dit oui. J’ai ensuite rencontré Laurence Fishburne qui est un fan de mes films français. Il m’a même dit qu’il se passait en boucle « Ma 6T va Crack-er » tous les week-ends dans sa salle de cinéma privée. Il forçait même tous ses amis à le voir (rire). Une fois que j’avais pu convaincre ces deux acteurs, les autres sont venus facilement : John Leguizamo, Gabriel Byrne, Maria Bello etc. En ce qui concerne le rappeur, il était imposé par le studio. Ils m’on dit : « Pour un film de genre, d’entertainment, il faut des figures connues ». D’où l’obligation pour moi de faire jouer un rappeur, c’est le jeu. J’ai juste eu le choix du rappeur, j’ai pris Ja-Rule car c’est celui qui a été le plus convaincant lors des auditions. Mais dès le départ, j’ai été clair avec lui, je lui ai dit : « Tes films c’est de la merde ! ».

Est-ce que c’est difficile pour un réalisateur français de travailler aux USA ?

C’est déjà très difficile de faire un film en France. Alors faire un film aux USA, c’est encore plus dur. Pendant deux ans, j’ai pas eu de vie. C’est entre 12 et 16 heures de boulot par jour. C’est aliénant et fatiguant, et pourtant je sais ce que c’est le travail car j’ai bossé plus de cinq ans en usine. Je faisais cuire des bobines de cuivre dans des fours, c’était éreintant et fatiguant mais moins que de faire un film aux USA (rire). Ils étaient toujours derrière moi mais une fois que le projet a été clairement défini, ils m’ont laissé bosser à ma guise. En fait ils veulent surtout être rassurés, l’argent reste pour eux l’enjeu primordial. Lorsque tout est bien préparé, ça va. C’est pour ça que les périodes de pré-productions sont aussi longues là-bas. Tout doit être calé au millimètre près. Si un jour vous voulez improviser, tourner une scène différemment, changer d’angle par exemple, c’est pas possible. De l’autre côté du plateau il y a des dizaines de camions, ça prendrait des heures pour tout redéplacer. Sur le plateau il y a en permanence une centaine de personnes, chacun a son rôle, chacun a sa place. À ce niveau-là les marges de manœuvre sont très restreintes.

Est-ce que cela a pu brider votre liberté artistique ?

Moi j’ai toujours maîtrisé mon budget donc ma liberté artistique je l’ai eu. Sauf qu’en France je l’aurais eu tout de suite alors qu’aux USA j’ai du dépenser énormémemt d’énergie pour me battre et finalement obtenir ma liberté artistique. Je préfère avoir plus de liberté même si le budget du film est réduit. En France, le poste le plus important dans le cinéma c’est metteur en scène, ensuite c’est producteur. Aux USA c’est le contraire ! L’argent passe avant.

À un moment le studio avait gonflé le budget à 35 millions de dollars. J’ai dit non. On est finalement revenu au budget initialement prévu soit 20 millions de dollars. C’est un budget faible pour un film d’action américain et c’est beaucoup plus facile de le rentabiliser. D’ailleurs c’est déjà fait puisqu’il a remporté 21 millions de dollars rien qu’au États-Unis. Pour un film interdit aux moins de 17 ans aux USA, c’est pas si mal.

 

« Mais c’est vrai que je me suis effacé derrière le sujet »

 

 

Vous voyez votre avenir de metteur en scène aux USA ?

Je reçois de très grosses propositions maintenant depuis la sortie d’« Assault ». On m’envoie quelque chose comme 2 à 3 scripts par jour. Pour l’avenir, j’aimerais d’abord faire un tout petit film en France, un film sans argent pour retrouver une sensation que j’ai un peu perdue suite à cette expérience aux USA. On veut toujours ce que l’on n’a pas. Donc aujourd’hui j’aimerais vraiment développer un projet plus personnel en France avant bien sûr de refaire un film américain. De toutes façons je retournerai bosser aux USA, j’en ai beaucoup envie.

Quel est le message que vous avez voulu faire passer en réalisant ce film ?

Quand on comprend que pour moi Jake Roenick est le personnage qui reflète le plus ma vision de l’Amérique, on peut s’apercevoir alors que c’est aussi un film d’auteur. Mais c’est vrai que je me suis effacé derrière le sujet. C’est à dire que c’est un film de genre avec des codes que je devais respecter. Il s’agit d’un film d’action américain. Faut pas chercher autre chose.

Florent Emilio Siri (« Hostage ») a lui-même réalisé une sorte de remake non avoué d’« Assault » avec « Nid de Guêpes », il ne vous a pas un peu grillé la politesse ?

Je respecte son travail. Pour sa part il dit que ce n’est pas un remake. À vous de vous faire votre propre opinion (sourire).

 

Propos recueillis par Jérémy PONTAL
Merci à Jean-François Richet

Février 2005