C'est avec finesse et intelligence que le
réalisateur aborde le sujet de la France occupée
de 44. Comme d'habitude chez Jugnot, le thème est traité
avec une simplicité touchante qui évite soigneusement
de tomber dans la naïveté. L'un des principaux
atouts de "Monsieur Batignole" est de faire ressortir
avec un oeil avisé les comportements de la France groggy
et blessée de ce qu'elle-même considérait
être l'après-guerre.
Monsieur Batignole reconstitue une époque
avec habileté, celle du Paris occupé de 1944.
Les personnages donnent ainsi le meilleur d'eux-mêmes
en naviguant entre la caricature efficace, à l'origine
de sourires parfois gênés, et une certaine forme
de naturel qui offre sa part de réalisme à l'histoire.
Car ne l'oublions pas, Monsieur Batignole, derrière
son apparente bonhomie, symbolise bel et bien le malaise qui
toucha la France il y a 60 ans : entre volonté de poursuivre
une vie normale malgré la défaite et sentiment
profond d'échec inscrit dans la mémoire de tous.
Pour arriver à ses fins, le réalisateur
jongle avec précision entre la comédie burlesque
et la chronique sociale. Comme d'habitude, les dialogues fusent
et s'écoutent avec délectation, multipliant
les répliques cinglantes. La mise en scène semble
en revanche un peu plus ambitieuse que dans les autres films
du réalisateur ; la volonté de marquer les esprits
est bien là comme nous le montrent certaines séquences
ou certains plans particulièrement forts. La fin, que
certains n'hésiteront pas à qualifier de naïve,
arrive comme une bouffée d'oxygène rappelant
l'importance des rapports humains. Le contraste de la dernière
demi-heure avec le reste du film élargit en effet la
réflexion en abordant le sujet de la liberté
acquise et du sens des responsabilités.
Jugnot n'a pas manqué son coup, une
fois de plus. La tendresse de son film rivalise avec cette
volonté farouche de conserver la mémoire d'une
époque particulièrement intéressante
dont on peut tirer des leçons encore aujourd'hui. Des
choses simples mais qui méritent d'être rappeler.