| |
Oliver Stone propose, à travers "Platoon",
d'évoquer ses propres souvenirs de militaire dans la
guerre du Vietnam. Le film fut notamment salué lors de
sa sortie pour son réalisme saisissant et le talent avec
lequel le réalisateur réussit à retranscrire
la vision de la guerre à travers les yeux des soldats.
Aujourd'hui, avec un peu de recul, l'intérêt
du film naît au contraire davantage de l'irréalisme
d'un tel scénario. Non pas, bien sur, qu'Oliver Stone
n'a pas réussit à retranscrire l'atrocité
de la guerre du Vietnam (bien au contraire, certaines séquences,
aussi courtes soient-elles, demeurent particulièrement
insoutenables). Simplement, le réalisateur a construit
un style de scénario, dont il maîtrise aujourd'hui
parfaitement les ficelles, qui met volontairement en scène
des individus aux personnalités extrêmes afin d'insister
violemment sur les absurdités de la guerre.
Car le propos du film de Stone est clair : la
guerre réunit et déshumanise des individus innocents
venant de tous les horizons et les fait s'entretuer sans aucune
distinction. Malgré la toile de fond du Vietnam qui pourrait
portait à confusion, le but de "Platoon" est
ainsi de nier définitivement la suprématie d'une
idéologie par rapport à l'autre, ce qui est donc
l'anti-thèse du film de guerre patriotique auquel on
nous avait souvent habitué jusque là. Cette approche
universelle, bien des réalisateurs l'adopteront par la
suite ("Full Metal Jacket", "La Ligne Rouge"
ou encore dans une certaine mesure "Saving Private Ryan")
et c'est en cela que "Platoon" reste l'une des oeuvres
majeures du cinéma de guerre.
Le scénario du film n'en reste pas moins
totalement hors de la réalité puisque chaque personnage
incarne un soldat aux traits volontairement grossis, avec toute
la naïveté que cela peut impliquer. Ainsi, le héros
incarné par Charlie Sheen incarne la naïveté
et l'innocence, le personnage de Willem Dafoe personnifie, lui,
la sagesse, alors que celui de Tom Beranger symbolise la violence
en tant que résultat de la guerre. Quinze ans après
la sortie du film, on se rend d'ailleurs compte à quel
point Oliver Stone avait réussi à faire un sans
faute dans son prodigieux casting.
Cependant, si, à l'époque, certains
critiques ont salué l'oeuvre pour avoir fidèlement
retranscrit les émotions du soldat, aujourd'hui, de nombreux
films ont retranscrit le profond malaise de l'homme face à
la guerre de façon bien plus adroite ("La Ligne
Rouge" par exemple).
Il n'en reste pas moins que "Platoon"
demeure un film bouleversant qui annonçait d'ailleurs
déjà les thèmes favoris d'Oliver Stone
ainsi que sa façon très singulière de mettre
en scène ses histoires. Notons enfin qu'Oliver Stone
signera peu après "Né un 4 juillet"
second chef-d'oeuvre sur la guerre du Vietnam qui insiste davantage
sur l'aspect politique de cette guerre.
|