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affiche du film

histoire du film
« Le pont du trieur » : à travers les paroles d’un commentateur radio, le Pamir, région montagneuse et hostile du Tadjikistan, nous est montré.

« Shimkent Hotel » : Un amnésique se souvient… Trois jeunes occidentaux rachètent plus ou moins frauduleusement une usine d‘Asie Centrale. Ils découvrent lentement que cette aventure est moins rose que ce qu’ils pensaient au départ.



fiche technique du dvd

Zone
2
# Disque
2
# Face
1
Format Image
1.85
Anamorphic
oui
Piste DD 5.1
Français
Piste DTS
-
Autre(s) piste(s)
Français DD2.0
Ss-Titres
Anglais
Bonus

Disc 1 :
« Le Pont du Trieur »
- Présentation Anna Sanders
- Bandes-annonces de la collection Anna Sanders
- Court-métrages d‘animation

Disc 2 :
« Shimkent Hotel »
- Préface du film
- Making-of

 

Avant de plonger dans une critique qui risquerait de passer à côté de son sujet, rappelons que les deux films dont il est fait référence ici sont produits par la maison de production très indépendante Anna Sanders Films. L’un de ses objectifs est de faire partager au spectateur sa liberté dans la perception des durées et des temporalités, en se permettant notamment d’ « inventer des moments de paysages ». Un but louable qu’il est cependant difficile d’atteindre tant nous, les spectateurs, sommes justement trop souvent formatés pour uniquement apprécier l‘instant.

Dans l’ordre, il est sans doute préférable de commencer par regarder « Le Pont du Trieur » qui tente de nous informer de la situation, ou plutôt l’état de chaos, de la région du Pamir au Tadjikistan . Mais comme le challenge était sans doute un peu trop facile, le réalisateur Charles de Meaux nous propose également de découvrir cette région au travers d’une montage cinématographique relativement expérimental, en tout cas très personnel.

Il est donc inutile de préciser que cela déroute, d’autant que nous parlons ici d’un film vu sur un support DVD qui, malgré son incontestable qualité, fait perdre de sa puissance aux images. Or ce sont elles qui sont ici l’élément principal du « Pont du Trieur » et qui lui donnent cette dimension presque spirituelle. Dotées d’un grain épais, ces images nous montrent tantôt des paysages splendides et désincarnés, tantôt elles s’attardent sur un visage, une séquence plus éloquente que n’importe quelle autre pour nous montrer l’état d’une région qui ne s‘apprivoise pas.

Ce sont notamment les dialogues envahissants du film qui n’ont pas fait l’unanimité auprès des critiques. Force est de constater que la masse d’informations, mélange de réflexions personnelles et de faits historiques, qui nous est transmise tout au long du film contraste, formellement si ce n’est dans le message, avec ces paysages et séquences qui, justement, se veulent entiers.

Du « Pont du trieur » est né « Shimkent Hotel », le deuxième film présenté dans ce coffret. Et l’on passe du documentaire à la fiction bien que le décor principal, le Tadjikistan, reste le même. Pour simplifier, on pourrait dire que le film décrit comment trois jeunes occidentaux, un tantinet arrivistes, découvrent que leur Eldorado est en réalité un pays en ruine. Pour simplifier… Car le véritable message transmis ici reste l’amnésie, un peu volontaire, de l’occident face à une région en ruine que l’on ne veux pas connaître.

Les désignés volontaires, incarnés par Romain Duris, Caroline Trousselard et Melvil Poupaud qui forment une drôle d’équipe, parcourent ainsi avec un mélange d’anxiété, de désir et d’extase ce pays qui leur est inconnu. Là encore, le montage alterne les plans larges et la proximité d’une action souvent distendue. Mais cette fois-ci, les objectifs et le messages proposés par le réalisateur ont le mérite d’être plus clairs en limitant notamment une contemplation rugueuse devenu trop systématique. Plus que dans « Le pont du trieur », certains plans s’imposent superbement au spectateur, tels que celui d’une salle de douche sale et exiguë que l’on oppose volontiers au plan des personnages attentistes en plein milieu du désert. Ou encore la visite crûe du cœur de l’usine qui est un « moment de paysage » aussi tragique que magnifique.

Après avoir vu ces deux films, certains penseront aussi à « Un homme sans l’occident » de Raymond Depardon, qui se rapproche autant dans le message transmis que dans la forme au film de Charles de Meaux. Il n’en reste pas moins que ces films constituent une expérience cinématographique, que bon nombre de spectateurs trouveront peut-être ennuyeuses. Mais une authentique expérience cinématographique.

 

Tous les bonus sont estampillés Anna Sanders Films et présenté dans des menus qui inspirent un certain chaos (numérique ?).

La maison de production présente, dans un court montage et toujours de façon conceptuelle, ses objectifs. Il est bien évidemment intéressant de le regarder avant de se lancer dans le visionnage des deux films. Tout comme il est indispensable de regarder l’excellente préface de « Shimkent Hotel » pour savoir à quoi l’on à faire ici.

Ensuite viennent sans doute les véritables bonus, les amuse-gueules. Tels que le making-of de Melvil Poupaud savamment placé à la fin du long générique de « Shimkent Hotel », comme pour remercier le spectateur d’avoir su comprendre le message qui lui a été transmis. Ce documentaire, dont le montage s’apparente à des respirations, est proche de l’amateurisme et peut-être trahit-il le mystère présent dans « Shimkent Hotel ». On se rend compte en tout cas du peu de moyen à disposition de l’équipe et de l’envie d’arriver à quelque chose qui se situe en marge du jeune cinéma français.

Le chapitre premier d’un film d’animation très expérimental, sobrement intitulé « Bryannnnnn et Ferryyyyyy », est également proposé. On est ici dans l’art contemporain pur qui a d’ailleurs donné naissance à la maison de production. Certains diront qu’il s’agit surtout d’un joli et amusant n’importe quoi.

Les bandes annonces et extraits proposés par Anna Sanders Films donnent enfin un aperçu de l’éventail des œuvres produites. On ne pourra s’empêcher de comparer les deux superbes mais très courts extraits proposés dans ce bonus aux longues scènes des films du coffret. A noter également l’alléchante bande-annonce « Pronobis ».

Techniquement, les deux films sont très soignés et proposent deux pistes audio : l’un en Dolby Digital 5.1 (indispensable pour se plonger dans ce genre de film) et l’autre en Stéréo. L’image granuleuse des deux films n’empêche pas d’obtenir un master de très bonne qualité, qui fait ressortir le chaos qu’inspire la région.

Ce coffret est sans doute réservé aux spectateurs, téméraires, qui recherchent une autre forme de cinéma. Mais que l’on ne se voile pas la face, nous sommes bien ici, au contraire d’autre produits massivement vus, dans une véritable expérience de cinéma, avec tous les dangers que celle-ci implique.