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Avant de plonger dans une critique qui risquerait
de passer à côté de son sujet, rappelons
que les deux films dont il est fait référence
ici sont produits par la maison de production très indépendante
Anna Sanders Films. Lun de ses objectifs est de faire
partager au spectateur sa liberté dans la perception
des durées et des temporalités, en se permettant
notamment d « inventer des moments de paysages ».
Un but louable quil est cependant difficile datteindre
tant nous, les spectateurs, sommes justement trop souvent formatés
pour uniquement apprécier linstant.
Dans lordre, il est sans doute préférable
de commencer par regarder « Le Pont du Trieur »
qui tente de nous informer de la situation, ou plutôt
létat de chaos, de la région du Pamir au
Tadjikistan . Mais comme le challenge était sans doute
un peu trop facile, le réalisateur Charles de Meaux nous
propose également de découvrir cette région
au travers dune montage cinématographique relativement
expérimental, en tout cas très personnel.
Il est donc inutile de préciser que cela
déroute, dautant que nous parlons ici dun
film vu sur un support DVD qui, malgré son incontestable
qualité, fait perdre de sa puissance aux images. Or ce
sont elles qui sont ici lélément principal
du « Pont du Trieur » et qui lui donnent
cette dimension presque spirituelle. Dotées dun
grain épais, ces images nous montrent tantôt des
paysages splendides et désincarnés, tantôt
elles sattardent sur un visage, une séquence plus
éloquente que nimporte quelle autre pour nous montrer
létat dune région qui ne sapprivoise
pas.
Ce sont notamment les dialogues envahissants
du film qui nont pas fait lunanimité auprès
des critiques. Force est de constater que la masse dinformations,
mélange de réflexions personnelles et de faits
historiques, qui nous est transmise tout au long du film contraste,
formellement si ce nest dans le message, avec ces paysages
et séquences qui, justement, se veulent entiers.
Du « Pont du trieur »
est né « Shimkent Hotel », le deuxième
film présenté dans ce coffret. Et lon passe
du documentaire à la fiction bien que le décor
principal, le Tadjikistan, reste le même. Pour simplifier,
on pourrait dire que le film décrit comment trois jeunes
occidentaux, un tantinet arrivistes, découvrent que leur
Eldorado est en réalité un pays en ruine. Pour
simplifier
Car le véritable message transmis ici
reste lamnésie, un peu volontaire, de loccident
face à une région en ruine que lon ne veux
pas connaître.
Les désignés volontaires, incarnés
par Romain Duris, Caroline Trousselard et Melvil Poupaud qui
forment une drôle déquipe, parcourent ainsi
avec un mélange danxiété, de désir
et dextase ce pays qui leur est inconnu. Là encore,
le montage alterne les plans larges et la proximité dune
action souvent distendue. Mais cette fois-ci, les objectifs
et le messages proposés par le réalisateur ont
le mérite dêtre plus clairs en limitant notamment
une contemplation rugueuse devenu trop systématique.
Plus que dans « Le pont du trieur », certains
plans simposent superbement au spectateur, tels que celui
dune salle de douche sale et exiguë que lon
oppose volontiers au plan des personnages attentistes en plein
milieu du désert. Ou encore la visite crûe du cur
de lusine qui est un « moment de paysage »
aussi tragique que magnifique.
Après avoir vu ces deux films, certains
penseront aussi à « Un homme sans loccident »
de Raymond Depardon, qui se rapproche autant dans le message
transmis que dans la forme au film de Charles de Meaux. Il nen
reste pas moins que ces films constituent une expérience
cinématographique, que bon nombre de spectateurs trouveront
peut-être ennuyeuses. Mais une authentique expérience
cinématographique.
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